Réparer les petits défauts avant finition

Il suffit parfois d'un copeau coincé sous le corps, d'un outil posé maladroitement ou d'un petit éclat arraché pendant l'usinage pour laisser une marque sur une guitare presque terminée.

Certains défauts se corrigent facilement. D'autres demandent de rapporter de la matière, et quelques-uns imposent de reprendre une opération de fabrication. Le choix de la réparation dépend autant de la nature du dommage que de la finition prévue.

Sous une peinture opaque, un rebouchage soigneusement réalisé peut devenir invisible. Sous un vernis transparent, la couleur, le fil et la capacité du bois à absorber une teinte compliquent sensiblement les choses.

Identifier le défaut avant d'intervenir

La première distinction concerne la présence ou non de matière.

Un enfoncement peut résulter d'une compression des fibres sans perte de bois. Un éclat correspond à un arrachement : une partie du matériau a disparu ou s'est détachée.

Une rayure peut relever de l'un ou l'autre cas. Quant à un joint de collage visible, il faut déterminer s'il s'agit d'une simple différence d'aspect ou d'un défaut d'assemblage.

DéfautCause possibleIntervention envisageable
Enfoncement sans arrachementCompression des fibresRedressement local par humidité et chaleur.
Petit éclat avec fragment conservéArrachement pendant l'usinageRecollement du fragment.
Éclat avec matière manquanteArrachement ou chocPièce de bois rapportée ou rebouchage.
Petit trou ou cavitéNœud, éclat localisé ou perçage accidentelCheville, pièce rapportée ou produit de rebouchage adapté.
Joint de collage visibleDifférence de couleur, résidu de colle ou défaut d'ajustageNettoyage, correction esthétique ou reprise du collage selon le cas.
Fente ou joint ouvertMouvement du bois, défaut de collage ou contrainte mécaniqueDiagnostic et réparation de l'assemblage avant toute finition.

Cette distinction évite notamment de remplir de résine un défaut qui pourrait être corrigé en conservant le bois d'origine.

Redresser un enfoncement par la vapeur

Lorsqu'un choc comprime les fibres sans les sectionner, une humidification localisée associée à un apport de chaleur peut permettre au bois de retrouver une partie de son volume.

Le principe est simple : l'humidité pénètre dans les fibres comprimées et la chaleur accélère leur gonflement.

On peut procéder avec un petit morceau de tissu de coton humidifié et la pointe d'un fer à souder ou d'un fer à repasser, utilisée uniquement comme source de chaleur.

Le tissu est placé sur l'enfoncement. On applique brièvement la pointe chaude par-dessus, puis on retire l'ensemble pour examiner le résultat. Plusieurs interventions courtes sont préférables à une chauffe prolongée.

Il faut ensuite laisser sécher complètement avant de contrôler la surface et d'effectuer une éventuelle reprise au racloir ou à l'abrasif.

Cette méthode fonctionne particulièrement bien sur certains enfoncements superficiels de bois brut. Elle devient beaucoup moins efficace lorsque les fibres ont été rompues.

Dan Erlewine en propose une démonstration sur un corps de guitare dans Fixing a guitar dent by steaming it out — StewMac.

Les limites de la vapeur

L'humidité et la chaleur ne conviennent pas à toutes les zones de l'instrument.

Sur une table plaquée, elles peuvent affecter le collage du placage. Près d'un filet plastique, elles risquent de provoquer une déformation. Il faut également se méfier des joints de colle, des incrustations et des pièces déjà traitées.

Une chaleur excessive peut brunir le bois ou créer une nouvelle marque, parfois plus difficile à corriger que l'enfoncement initial.

L'opération demande donc un apport de chaleur localisé et un contrôle régulier.

Si le bois ne reprend plus sa forme après quelques tentatives raisonnables, il vaut mieux changer de méthode plutôt que prolonger la chauffe.

Recoller un éclat lorsque le fragment existe encore

Un petit éclat détaché pendant le détourage du corps ou l'usinage d'une cavité peut souvent être replacé avec un résultat presque imperceptible.

La première précaution consiste à conserver le fragment.

Même de petite taille, il possède la bonne essence, la bonne couleur et, surtout, la continuité du fil avec le bois environnant.

Avant de le coller, on vérifie qu'il reprend exactement sa place. Une fibre écrasée ou un copeau resté dans la cavité peut empêcher son repositionnement.

Le choix de la colle dépend de la nature du joint et des contraintes auxquelles il sera soumis. Pour un éclat propre, de faible dimension et présentant des surfaces d'assemblage bien ajustées, une colle à bois adaptée peut convenir. Une cyanoacrylate peut être intéressante pour certaines petites réparations difficiles à maintenir sous pression.

Il faut surtout éviter que la colle déborde sur la surface destinée à recevoir une teinte.

Après durcissement, les éventuelles surépaisseurs sont éliminées au racloir ou par abrasion localisée.

Une pièce correctement replacée peut devenir presque invisible après finition. C'est généralement préférable à un rebouchage dont la couleur et la texture devront être reconstituées artificiellement.

Remplacer la matière manquante

Lorsque le fragment a disparu, la réparation consiste à ajouter une matière compatible avec le résultat recherché.

Pour un défaut suffisamment important et visible sous une finition transparente, une petite pièce de bois rapportée donne souvent un résultat plus naturel qu'un mastic.

On choisit une chute de la même essence, si possible issue de la pièce d'origine. La couleur et la direction du fil doivent être aussi proches que possible.

La zone endommagée peut être régularisée au ciseau pour obtenir une cavité aux limites nettes. Une pièce légèrement surdimensionnée est ensuite ajustée, collée puis ramenée au niveau de la surface.

Cette méthode demande davantage de travail, mais elle présente un avantage : la réparation reste constituée de bois et réagit généralement de façon plus proche au ponçage et à la finition.

Il faut toutefois tenir compte de l'orientation des fibres. Une pièce de la bonne essence, mais dont le fil est perpendiculaire à celui du support, peut rester très visible sous une teinte transparente.

Sur une table figurée, retrouver la continuité du dessin peut être particulièrement difficile.

Reboucher les petits trous et les éclats superficiels

Pour les défauts trop petits pour recevoir une pièce de bois, plusieurs matériaux peuvent être employés : mastic à bois, résine époxy, cyanoacrylate ou mélange de colle et de poussière de bois.

Leur comportement diffère sensiblement.

Les mastics à bois

Les mastics sont pratiques pour combler de petites cavités, notamment sous une finition opaque.

Ils doivent être compatibles avec l'apprêt ou le système de finition qui les recouvrira. Certains présentent un retrait au séchage et nécessitent plusieurs applications.

Leur couleur à l'état sec ne préjuge pas toujours de leur aspect après vernissage.

Les produits présentés comme pouvant être teintés ne prennent pas nécessairement la couleur de la même façon que le bois environnant. Un essai préalable reste préférable.

Il ne faut pas confondre ces mastics de réparation avec les bouche-pores destinés à remplir les pores naturels d'une essence à grain ouvert.

La cyanoacrylate et la poussière de bois

Une méthode courante en lutherie consiste à introduire de la poussière de bois dans une petite cavité, puis à la consolider avec une cyanoacrylate fluide.

Pour que le raccord soit discret, il est préférable d'utiliser une poussière provenant du bois concerné, plutôt qu'un mélange récupéré dans l'aspiration de l'atelier.

La réaction peut être rapide et dégager de la chaleur. Il faut travailler sur de très petites quantités, éviter tout contact avec la peau et les yeux, et assurer une ventilation adaptée.

Après durcissement, le surplus est arasé.

Cette méthode est notamment décrite par Dan Erlewine dans Which super glue to use: thin, medium or thick? — StewMac.

Elle présente cependant une limite importante : la poussière mélangée à la colle ne reproduit pas exactement l'apparence du bois massif.

Le mélange peut foncer sensiblement et ne prend généralement pas une teinte pénétrante comme les fibres environnantes.

Sur une touche sombre, ce défaut peut rester relativement discret. Au milieu d'une table en érable clair destinée à recevoir une finition transparente, il risque de devenir très visible.

Les résines époxy

Une résine époxy peut convenir pour remplir une petite cavité ou stabiliser certains défauts, à condition que le produit soit adapté à cet usage.

Elle peut être transparente ou colorée avec des pigments compatibles.

Son intérêt est notamment de permettre un remplissage contrôlé lorsque la réparation doit rester volontairement visible, par exemple autour d'un petit nœud.

En revanche, une résine transparente n'est pas invisible : sa réfraction, son brillant et sa réaction à la lumière diffèrent de ceux du bois.

Il faut également vérifier son retrait éventuel, sa capacité à être poncée et sa compatibilité avec la finition prévue.

Corriger un joint de collage visible

Un joint entre deux pièces de bois peut rester perceptible après l'assemblage.

Ce n'est pas nécessairement un défaut.

Deux pièces correctement jointes peuvent présenter une différence de couleur ou de figure. Sur un corps assemblé en plusieurs parties, la ligne de séparation peut rester visible sous un vernis transparent sans que la solidité du collage soit en cause.

La situation est différente lorsqu'il existe un interstice, un décalage entre les surfaces ou une zone insuffisamment collée.

Un léger décalage de niveau peut parfois être corrigé par un travail de surface, à condition de ne pas modifier l'épaisseur ou la géométrie prévues.

Un résidu de colle doit être éliminé avant toute teinte pénétrante.

En revanche, un joint ouvert demande un examen de l'assemblage. Le remplir superficiellement avec du mastic ne rétablit pas sa résistance mécanique.

Si les pièces peuvent encore bouger l'une par rapport à l'autre, la réparation doit porter sur le collage lui-même.

Il faut également distinguer un petit vide superficiel d'une fissure susceptible de progresser sous l'effet des contraintes ou des variations d'humidité.

Dans ces situations, l'application d'un produit de rebouchage ne doit pas masquer la nécessité d'une véritable réparation.

Adapter la réparation à la finition prévue

Une même réparation peut être acceptable sous une peinture opaque et inesthétique sous un vernis transparent.

La finition opaque permet généralement davantage de liberté. Après rebouchage et mise à niveau, un apprêt compatible peut uniformiser l'aspect de la surface. Il reste toutefois nécessaire de vérifier que la réparation est stable et qu'elle ne provoquera pas de retrait ultérieur.

Avec une finition transparente, les exigences sont différentes.

La réparation doit s'accorder avec la couleur du bois, mais également avec son dessin. Un raccord très discret sur le bois brut peut apparaître nettement après humidification, teinture ou application d'une première couche de vernis.

Il est donc utile de contrôler son aspect à l'aide d'une chute réparée de la même manière et soumise au système de finition prévu.

Le problème se complique encore lorsqu'un dégradé ou une teinte pénétrante doit être appliqué : les matériaux de rebouchage peuvent interrompre la continuité de la coloration.

Dans certains cas, une retouche colorée effectuée dans une couche de finition compatible permet de mieux intégrer le défaut qu'une teinte appliquée directement sur le rebouchage.

Le choix doit être fait avant de commencer à appliquer les produits.

Contrôler la réparation après durcissement

Une réparation peut sembler parfaitement de niveau immédiatement après son arasage, puis révéler un léger creux après durcissement complet.

Certains matériaux perdent du volume pendant le séchage ou la polymérisation. D'autres se poncent plus difficilement que le bois et peuvent créer une petite surépaisseur.

Le contrôle doit donc être effectué lorsque la réparation a atteint un état de durcissement suffisant, conformément aux indications du produit employé.

Une lumière rasante permet de repérer les défauts de niveau. Pour une finition transparente, une éprouvette permet d'évaluer les différences d'aspect avant de traiter l'instrument.

Il reste enfin à vérifier qu'aucun résidu de colle, de résine ou de mastic ne s'étend au-delà de la zone réparée.

Une réparation réussie doit conserver la géométrie de la guitare, résister aux opérations de finition et présenter un aspect compatible avec le résultat recherché. Il vaut parfois mieux accepter une petite particularité naturelle du bois que multiplier les interventions au risque d'agrandir le défaut initial.