Les frettes

Les frettes

Anatomie d'une frette

Les frettes sont les petites barres métalliques implantées transversalement dans la touche. Lorsqu’on appuie sur une corde, celle-ci vient prendre appui sur le sommet de la frette, qui détermine alors la longueur vibrante de la corde.

Une frette est composée de trois parties principales :

  • la couronne, partie arrondie qui dépasse de la touche et sur laquelle vient réellement s’appuyer la corde ;
  • le pied, ou tang, qui s’enfonce dans la rainure pratiquée dans la touche ;
  • les ergots, ou barbs, qui accrochent les parois de cette rainure et maintiennent la frette en place.

Ce qui intéresse surtout le musicien, c’est la largeur et la hauteur de la couronne.

La hauteur

Une frette basse rapproche les doigts de la touche.

C’est le type de sensation que l’on trouve sur certaines guitares vintage ou sur les fameuses Gibson surnommées fretless wonders, dont les frettes étaient particulièrement basses. Les accords peuvent sembler très naturels, mais les bends deviennent moins confortables puisque le doigt frotte davantage contre la touche.

Une frette très basse offre également peu de matière pour une future planification. Une fois trop usée, il reste rapidement moins d’autre choix que le refrettage.

À l’inverse, une frette haute éloigne davantage le doigt du bois.

Les bends et vibratos deviennent généralement plus faciles parce que le doigt rencontre moins la touche. C’est presque une version très modérée d’une touche scallopée.

La contrepartie est qu’un musicien qui appuie très fort peut tirer légèrement la note vers l’aigu, simplement en enfonçant davantage la corde entre deux frettes. Plus elles sont hautes, plus une main crispée peut transformer un accord parfaitement juste en expérience à la Angine de Poitrine involontaire.

La largeur

La largeur intervient surtout dans la sensation sous les doigts et dans la quantité de matière disponible au fil de l’usure.

Une frette étroite donne un point de contact très précis et est souvent associée aux instruments de conception vintage.

Une frette large offre davantage de matière et peut recevoir une couronne très arrondie. Elle peut donner une sensation particulièrement confortable lors des déplacements sur le manche.

En revanche, lorsqu’une frette large devient très basse et s’aplatit, il devient plus difficile de lui redonner une couronne correctement centrée. Le point de contact de la corde peut alors se déplacer et finir par nuire à la justesse.

Les profils de frettes et les références Dunlop

Parler de frettes vintage, medium, medium-jumbo, jumbo ou extra-jumbo est pratique, mais assez imprécis. Ces appellations ne correspondent pas à une norme universelle et peuvent désigner des dimensions différentes selon les fabricants.

Dans la pratique, les références Dunlop Accu-Fret sont devenues une sorte de langage commun chez les guitaristes, luthiers et réparateurs. Ce n’est pas une norme officielle, mais dire « 6105 » ou « 6100 » est souvent beaucoup plus parlant que de dire simplement « medium » ou « jumbo ».

Une frette se caractérise principalement par deux dimensions : la largeur de sa couronne et sa hauteur au-dessus de la touche. Dunlop publie précisément ces valeurs dans son tableau Accu-Fret.

Quelques références Dunlop

Dunlop 6230, 2,00 × 1,10 mm

Une frette étroite, assez traditionnelle, souvent associée aux profils de type vintage.

Dunlop 6150, 2,55 × 1,12 mm

Plus large, mais relativement basse. Elle montre bien qu’une frette large n’est pas nécessairement une frette haute.

Dunlop 6105, 2,36 × 1,50 mm

Relativement étroite mais très haute. Elle conserve un point de contact précis tout en offrant beaucoup de hauteur pour les bends et les vibratos.

Dunlop 6100, 2,79 × 1,40 mm

Large et haute. C’est une véritable jumbo, avec une sensation nettement plus présente sous les doigts.

Dunlop 6000, 2,99 × 1,47 mm

Très large et très haute. À ce stade, on commence sérieusement à sentir qu’on joue sur les frettes plutôt que sur la touche.

Ces dimensions correspondent à la largeur × la hauteur de la couronne, et non aux dimensions totales de la frette avec son pied.

Largeur et hauteur ne jouent pas le même rôle

Il est donc trompeur de classer les frettes sur un simple axe « petite → grosse ».

La hauteur détermine notamment à quel point le doigt entre en contact avec la touche. Une frette haute facilite généralement les bends et vibratos, mais demande une pression plus maîtrisée pour ne pas modifier involontairement la hauteur de la note.

La largeur, elle, modifie surtout la sensation sous les doigts et la quantité de matière disponible pour l’usure et les futures planifications.

Deux frettes de largeur similaire peuvent ainsi procurer des sensations totalement différentes simplement parce que l’une dépasse beaucoup plus de la touche que l’autre.

C’est probablement une des raisons pour lesquelles les références Dunlop se sont imposées comme repères : 6105, 6150 ou 6100 décrivent quelque chose de beaucoup plus précis que “medium-jumbo”.

Ce qui se passe sous la touche

La couronne est la partie visible de la frette, mais sa partie cachée est tout aussi importante pour le luthier.

La largeur du tang doit correspondre correctement à la rainure usinée dans la touche. Trop étroit, il tiendra mal. Trop large, il peut exercer une pression excessive sur le bois et modifier légèrement la courbure du manche lors du frettage.

Les dimensions des ergots ont également leur importance : ce sont eux qui assurent une grande partie de l’accrochage mécanique de la frette dans la touche.

Une référence de fretwire ne se résume donc pas à la seule forme visible de sa couronne.

Une frette doit rester arrondie

Une frette neuve ou correctement entretenue doit présenter une couronne arrondie, avec un point de contact de la corde aussi proche que possible du centre.

Avec l’usure, la corde creuse progressivement des plats ou des sillons dans le métal.

Lors d’une planification, on commence par ramener toutes les frettes au même niveau. Mais cette opération crée nécessairement des sommets plats. Il faut donc ensuite effectuer le recrowning, qui consiste à redonner à chaque frette sa forme arrondie.

Ce détail est essentiel : une corde prenant appui sur une large surface plate ne quitte plus la frette exactement au bon endroit. Cela peut provoquer des problèmes de justesse, de frise ou simplement une sensation désagréable lors des bends.

Les matériaux

Le maillechort, ou nickel-silver

C’est le matériau traditionnel.

Malgré son nom anglais nickel-silver, il ne contient pas d’argent. Il s’agit principalement d’un alliage de cuivre, de nickel et de zinc.

Dunlop utilise notamment du 18 % nickel-silver sur une grande partie de sa gamme Accu-Fret.

Ses avantages sont nombreux : il est relativement facile à couper, cintrer, poser, niveler et polir, il use raisonnablement l’outillage, il est disponible dans une multitude de dimensions et son comportement est très bien connu des luthiers.

Son défaut principal reste son usure.

Hosco indique actuellement environ HV200 pour sa gamme nickel-silver standard.

Un guitariste qui joue beaucoup, pratique énormément de bends ou possède une poigne de forgeron peut donc finir par les marquer assez rapidement.

L’acier inoxydable

L’acier inoxydable est nettement plus dur.

Hosco annonce environ HV300 sur ses jeux de frettes inox précoupées, tandis que la marque indique plus généralement des duretés pouvant tourner autour de HV260 à HV340 selon les produits.

Son avantage principal est évident : la durée de vie.

Les frettes inox résistent remarquablement bien aux sillons et restent longtemps très lisses. Beaucoup de guitaristes apprécient particulièrement cette sensation lors des bends.

Mais le luthier l’apprécie parfois un peu moins.

Le matériau est plus difficile à couper, former et polir. Il use davantage les pinces et les limes et nécessite souvent des outils adaptés. Hosco commercialise d’ailleurs des outils spécifiques pour le travail de l’inox.

Un refrettage inox coûte donc généralement plus cher, non parce que le métal possède des pouvoirs mystérieux, mais parce qu’il demande davantage de travail et martyrise plus volontiers l’outillage.

Quant à l’éventuelle influence sonore de l’inox, les avis sont nombreux et contradictoires. Je me garderais personnellement d’attribuer à quelques dizaines de grammes de métal une mystérieuse fonction d’égaliseur.

Les alliages dorés

Il existe également des alliages dorés, dont le célèbre EVO Gold et plusieurs matériaux modernes proches dans l’esprit.

StewMac propose aujourd’hui un fretwire principalement constitué d’alliage de cuivre C425, sans nickel, qu’il décrit comme proche du Jescar EVO en composition et en dureté. Il est plus résistant à l’usure que le nickel-silver tout en restant plus facile à travailler que l’acier inoxydable.

Ses principaux avantages sont la résistance à l’usure, la corrosion limitée, l’absence de nickel et, évidemment, sa couleur dorée qui peut devenir un élément esthétique à part entière.

C’est un compromis particulièrement intéressant pour qui souhaite davantage de longévité sans infliger à son luthier une séance complète de musculation.

Le bronze phosphoreux

Plus rare, le bronze phosphoreux est également proposé pour les frettes.

Hosco commercialise actuellement des modèles dont la dureté se situe autour de HV250 à 290, donc entre le nickel-silver et l’inox. Le matériau est également exempt de nickel et possède naturellement une teinte légèrement rosée ou dorée.

Il constitue donc une alternative intéressante pour qui recherche une bonne résistance à l’usure, une absence de nickel et une esthétique différente sans nécessairement passer à l’acier inoxydable.

Là encore, les affirmations commerciales concernant une éventuelle couleur sonore du matériau méritent d’être prises avec quelques pincettes.

Quel matériau choisir ?

Le nickel-silver reste le choix traditionnel : facile à travailler et à réparer, largement disponible, mais moins résistant à l’usure.

L’acier inoxydable est le champion de la longévité. Excellent pour les gros joueurs, mais plus difficile et coûteux à poser.

Les alliages dorés de type EVO ou C425 constituent un compromis séduisant : durables, sans nickel, plus faciles à travailler que l’inox et esthétiquement particuliers.

Le bronze phosphoreux reste plus rare, mais offre également une dureté élevée, une bonne résistance à l’usure et l’absence de nickel.

Pour ma part, je choisirais donc le matériau avant tout selon la durée de vie recherchée, les contraintes de fabrication et l’esthétique, plutôt que selon des promesses de coloration sonore.

Et le nombre de frettes ?

La plupart des guitares électriques possèdent 21, 22 ou 24 frettes.

Une guitare à 24 frettes permet d’atteindre deux octaves complètes sur chaque corde. Cela impose cependant de prolonger la touche plus loin vers le chevalet.

Cette disposition peut avoir une conséquence sur la position du micro manche. Sur de nombreuses guitares à 24 frettes, celui-ci doit être placé légèrement plus près du chevalet afin de laisser de la place aux dernières cases.

Ce déplacement change évidemment la portion de corde que le micro capte. C’est une conséquence réelle et bien plus facile à défendre que beaucoup de discours ésotériques sur le son du bois.

Les frettes compensées

Enfin, toutes les frettes ne sont pas nécessairement droites.

Le système True Temperament utilise des frettes courbes dont la position varie selon la corde et la note, afin de compenser plus finement les écarts d’intonation provoqués notamment par la tension supplémentaire créée lorsqu’on appuie une corde sur une frette.

On entre ici dans un autre sujet : celui du compromis que représente le tempérament traditionnel sur une guitare.

La société True Temperament pousse le principe beaucoup plus loin en calculant séparément les points de contact corde/frette et en utilisant également des décalages d’accordage spécifiques.

Au premier coup d’œil, il faut cependant bien reconnaître que la touche donne surtout l’impression d’avoir été dessinée après une soirée particulièrement arrosée.

Le positionnement des frettes

La position des frettes n’est évidemment pas déterminée au hasard. Sur une guitare accordée selon le tempérament égal, l’octave est divisée en douze demi-tons égaux. Chaque demi-ton correspond à un rapport de fréquence de 21/122^{1/12}.

À partir du diapason L, la distance entre le sillet et la frette numéro n se calcule ainsi :

calcul de la distance de frettage

La douzième frette se trouve donc exactement à la moitié du diapason, puisque la corde doit alors vibrer sur une longueur deux fois plus courte pour produire l’octave.

Les luthiers utilisent également depuis longtemps une approximation pratique connue sous le nom de règle de 17,817 : on divise la longueur de corde restante par 17,817 pour obtenir la distance jusqu’à la frette suivante. Cette méthode donne pratiquement le même résultat que le calcul exponentiel moderne.

Par exemple, pour un diapason Fender de 648 mm, la première frette se trouve à environ 36,37 mm du sillet et la douzième à 324 mm.

Il ne faut pas confondre ce calcul avec la compensation au chevalet : les frettes sont positionnées selon le diapason théorique, tandis que la longueur réelle de chaque corde est légèrement ajustée au chevalet afin de corriger l’augmentation de tension provoquée lorsqu’on appuie la corde sur une frette.

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