Les aimants

Les aimants

Un micro magnétique est en réalité un petit générateur électrique. À la manière de l'alternateur d'une voiture, il transforme un mouvement mécanique en électricité par induction électromagnétique.

Dans notre cas, ce n’est pas un rotor qui tourne : c’est la corde magnétisée qui vibre devant la bobine. Son champ magnétique en mouvement fait varier le flux magnétique dans celle-ci, qui génère alors une tension électrique : le signal du micro.

La puissance produite est évidemment minuscule comparée à celle d’un alternateur de voiture, mais le principe physique de base est le même :
du mouvement, un champ magnétique et une bobine produisent de l’électricité.

Le rôle principal des aimants est de magnétiser les cordes. Mais cela ne signifie pas que l’aimant doit nécessairement être placé juste sous chacune d’elles, ni même être visible.

Et c’est là que les constructions commencent déjà à différer.

Les plots ne sont pas toujours des aimants

Sur un micro traditionnel de Stratocaster, les six plots que l’on voit sous les cordes sont généralement eux-mêmes des aimants permanents. La bobine est directement enroulée autour de ces six barreaux magnétiques.

Sur un humbucker traditionnel, la situation est différente.

L’aimant est généralement une barre placée sous les bobines. Les vis et les plots métalliques visibles sous les cordes ne sont pas nécessairement des aimants permanents : ce sont des pièces ferromagnétiques qui conduisent le champ de l’aimant jusqu’aux cordes.

Le P-90 utilise encore une autre disposition : il possède traditionnellement deux aimants en barre placés sous la bobine, qui magnétisent les vis servant de pièces polaires.

Cela donne déjà une règle utile :

Ce qui ressemble à un aimant sous une corde n’est pas forcément un aimant.

Une vis ou un plot en acier peut simplement servir à conduire et concentrer le champ magnétique produit ailleurs dans le micro.

Alnico

Le nom que l’on rencontre probablement le plus souvent lorsqu’on parle de micros de guitare est Alnico.

Il vient de ALuminium, NIckel et CObalt, les trois éléments qui ont donné son nom à cette famille d’alliages magnétiques.

Les premiers alliages de ce type apparaissent au Japon au début des années 1930. Leur capacité à conserver une forte aimantation en fait rapidement un matériau important pour les moteurs, haut-parleurs et, évidemment, les micros. Fender utilise des aimants Alnico dans ses micros dès la fin des années 1940.

On rencontre différentes qualités d’Alnico dans les micros :

II, III, IV, V, VIII...

Attention toutefois : ces chiffres ne constituent pas une simple échelle où VIII serait nécessairement « huit fois plus puissant » que I.

Ce sont différentes compositions d’alliage, possédant des caractéristiques magnétiques différentes. Parmi les grades couramment rencontrés en guitare, l’Alnico III est par exemple moins puissant que l’Alnico II, tandis que l’Alnico V est généralement plus puissant que les deux.

Petite bizarrerie au passage : malgré son nom, l’Alnico III peut ne contenir pratiquement pas de cobalt. Les joies de la nomenclature industrielle.

Les aimants céramiques

L’Alnico n’est évidemment pas la seule solution.

De très nombreux micros utilisent des aimants céramiques, généralement des ferrites.

Ils peuvent notamment fournir un champ magnétique important avec un matériau relativement peu coûteux et sont utilisés aussi bien dans des micros bon marché que dans des modèles haut de gamme conçus pour un niveau de sortie élevé.

L’appellation « céramique » ne signifie donc absolument pas « micro bas de gamme ».

Un exemple assez parlant est le Gibson Dirty Fingers, qui utilise plusieurs aimants céramiques et a précisément été conçu à la fin des années 1970 comme un humbucker à niveau de sortie élevé.

Alnico = doux, céramique = agressif ?

C’est ici qu’apparaît une autre simplification que l’on rencontre partout.

On peut lire :

Alnico II = chaud

Alnico V = brillant

céramique = agressif

Les fabricants eux-mêmes utilisent souvent ce genre de vocabulaire pour décrire leurs produits.

Le problème est qu’un micro ne se résume pas à son aimant.

La puissance du champ magnétique, sa géométrie, la distance avec les cordes, les pièces polaires, la forme et les caractéristiques de la bobine interviennent toutes dans le résultat.

D’ailleurs, un Alnico II ne signifie pas automatiquement faible niveau de sortie. Seymour Duncan le précise lui-même : un aimant relativement peu puissant peut parfaitement être utilisé dans un micro donnant un niveau important.

Il vaut donc mieux considérer le type d’aimant comme l’un des paramètres de construction du micro, plutôt que comme une étiquette sonore.

Nous reviendrons sur cette question lorsque nous aurons également parlé de la bobine.

Plus puissant n’est pas forcément mieux

On pourrait être tenté de penser qu’un aimant plus puissant donnera forcément un meilleur micro.

Ce serait oublier que l’aimant attire également la corde.

Plus le champ magnétique est important, et plus le micro est proche de celle-ci, plus cette attraction peut influencer son mouvement.

La puissance de l’aimant est donc là aussi affaire de compromis.

Un constructeur peut choisir un aimant moins puissant, utiliser un aimant plus puissant mais l’éloigner davantage des cordes, modifier les pièces polaires ou jouer sur les caractéristiques de la bobine.

Il n’existe pas de valeur idéale valable pour tous les micros.

Pourquoi les plots d’une Stratocaster ne sont-ils pas toujours à la même hauteur ?

Sur de nombreux micros de Stratocaster d’inspiration ancienne, les aimants ne dépassent pas tous de la même hauteur.

On parle de plots étagés, ou staggered pole pieces.

Lorsque Fender introduit la Stratocaster en 1954, cette disposition sert notamment à équilibrer le niveau entre les différentes cordes utilisées à l’époque. Seymour Duncan rappelle que les jeux de cordes modernes ne présentent plus exactement les mêmes contraintes, ce qui explique que de nombreux micros actuels utilisent également des plots de hauteur uniforme.

Encore un détail de construction qui a survécu suffisamment longtemps pour devenir, à son tour, une caractéristique « vintage ».

Nord et Sud

Comme tout aimant, celui d’un micro possède deux pôles.

Dans une guitare équipée de plusieurs micros, leur orientation peut devenir importante.

En combinant polarité magnétique et sens de bobinage, on peut notamment obtenir certaines combinaisons capables de réduire le ronflement parasite.

C’est le principe que l’on retrouve derrière des notions comme RWRP, reverse wound, reverse polarity.

Mais nous garderons ça pour plus tard. Sinon notre chapitre sur les aimants va commencer à se reproduire tout seul.

Pour l’instant, l’essentiel est beaucoup plus simple :

L’aimant sert à magnétiser les cordes. Il peut être directement placé sous celles-ci ou transmettre son champ par l’intermédiaire de pièces métalliques. Sa matière, sa puissance, sa géométrie et sa distance avec les cordes font partie des paramètres de conception du micro.

Et une fois les cordes magnétisées, il nous manque encore l’élément chargé de récupérer leur mouvement :

la bobine.

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