Les micros magnétiques
Le micro magnétique
Le micro est le premier maillon électronique de la guitare.
Son travail consiste à transformer le mouvement des cordes en un signal électrique qui pourra ensuite être envoyé vers les potentiomètres, le sélecteur, la prise jack et finalement l’amplificateur.
Dans son principe, un micro magnétique est un dispositif étonnamment simple : un système magnétique et une bobine de fil conducteur.
Mais son fonctionnement réel est souvent assez mal expliqué.
Tout commence par la corde
L’aimant du micro a d’abord pour rôle de magnétiser la corde.
Une corde en acier placée dans son champ devient elle-même temporairement magnétique. Elle possède donc à son tour un champ magnétique.
Lorsqu’elle vibre, ce champ magnétique se déplace avec elle devant la bobine du micro. Ce déplacement fait varier le flux magnétique traversant la bobine et provoque l’apparition d’une petite tension électrique.
Cette tension varie au rythme du mouvement de la corde : nous avons obtenu notre signal.
Il sera très faible, mais ce n’est pas un problème. L’amplificateur est précisément là pour s’occuper de la suite.
Une idée reçue particulièrement tenace
On lit très souvent que la corde produit le signal en « perturbant le champ de l’aimant », voire qu’elle « coupe les lignes du champ magnétique».
C’est au mieux une représentation très approximative du phénomène.
Seth Lover, le concepteur du célèbre humbucker Gibson, revenait précisément sur cette question dans un entretien avec Seymour Duncan réalisé en 1978. Selon lui, c’était déjà quelque chose que beaucoup de gens comprenaient mal : l’aimant magnétise la corde, puis c’est le champ de cette corde magnétisée qui se déplace devant la bobine.
Il proposait même une expérience assez amusante : magnétiser les cordes puis retirer l’aimant. Le micro continue à produire un signal tant que les cordes conservent suffisamment de leur aimantation. Lover reconnaissait qu’une modification du champ du système magnétique pouvait également contribuer au signal, mais considérait cet effet comme secondaire.
Autrement dit, l’aimant ne joue pas de la guitare. Il prépare les cordes à faire le boulot.
Pourquoi des cordes métalliques ?
Évidemment, pour que tout cela fonctionne, la corde doit pouvoir être magnétisée.
Les cordes d’une guitare électrique comportent donc des matériaux ferromagnétiques, en particulier de l’acier. Les cordes filées combinent généralement une âme en acier avec différents matériaux pour leur filage.
Placez en revanche une corde en nylon devant un micro magnétique et il ne se passera pratiquement rien.
C’est également la raison pour laquelle le matériau utilisé pour fabriquer les cordes peut avoir une influence sur le niveau produit par le micro : toutes les cordes ne réagissent pas exactement de la même manière au champ magnétique.
Nous reviendrons là-dessus.
Ce n’est pas un microphone
Le mot micro peut prêter à confusion.
Un micro de guitare magnétique n’est pas un microphone miniature placé sous les cordes.
En français, nous appelons généralement cet appareil un micro, ce qui est assez trompeur. Les anglophones parlent de pickup, littéralement quelque chose qui « capte ». Car un micro magnétique de guitare n’est justement pas un microphone : il ne capte pas le son qui se propage dans l’air.
Un microphone capte principalement les variations de pression de l’air. Le micro magnétique, lui, travaille avec le mouvement d’une corde magnétisée.
Il n’entend donc pas directement le corps ou le manche de la guitare.
Cela ne signifie pas que la construction de l’instrument est sans influence. Le manche, le corps, le chevalet et leur assemblage font partie du système mécanique dans lequel la corde vibre. Ils peuvent donc modifier la façon dont cette vibration évolue.
Mais ce que le micro transforme directement en signal électrique, c’est bien le mouvement de la corde.
Cette distinction va nous servir plus d’une fois.
Une idée qui date presque des débuts de la guitare électrique

Il faut remonter au début des années 1930 pour trouver l’un des premiers micros magnétiques ayant réellement débouché sur un instrument commercial.
George Beauchamp développe alors un système constitué de deux imposants aimants en fer à cheval entourant les cordes, avec une bobine placée en dessous. Il ira jusqu’à utiliser le moteur de la machine à laver familiale pour bobiner certains de ses prototypes.
Le système sera utilisé sur la Rickenbacker surnommée Frying Pan, dont la forme explique assez facilement le surnom.
Beauchamp dépose en 1934 un brevet pour son instrument électrique, accordé en 1937 sous le numéro US2089171A. Le document décrit déjà un ensemble constitué de cordes métalliques, d'un système magnétique et d'une bobine destiné à convertir directement leurs vibrations en signal électrique.
Nous sommes donc à plus de quatre-vingt-dix ans des premiers développements de ce principe.
Et pourtant, regardez sous les cordes d’une Stratocaster actuelle : on n’a pas exactement jeté l’idée à la poubelle.
La position du micro compte
Une corde ne se déplace pas de la même façon sur toute sa longueur.
Tout près du chevalet, son déplacement est faible. Plus loin, elle dispose de davantage d’amplitude, avec une vibration complexe faite d’une fondamentale et de nombreux harmoniques.
Un micro placé près du chevalet ne reçoit donc pas exactement le même mouvement qu’un micro placé près du manche.
Cela suffit déjà à expliquer pourquoi un même micro ne donnera pas exactement le même résultat selon l’endroit où on l’installe.
La position du micro n’est donc pas un détail esthétique.
Un article sera consacré à cette question, car les choses deviennent rapidement intéressantes dès qu’on commence à regarder les harmoniques et leurs nœuds.
Sa hauteur compte également
La distance entre le micro et les cordes constitue un véritable réglage.
En rapprochant le micro des cordes, on obtient généralement davantage de signal.
Mais cela ne signifie pas qu’il faut le monter jusqu’à ce que les cordes viennent le frapper en vibrant.
L’aimant attire également les cordes. S’il est trop proche, cette attraction peut finir par perturber leur vibration, l'atténuer et même compromettre leur justesse apparente.
Seth Lover insistait déjà sur le fait qu’il cherchait à placer ses micros suffisamment près des cordes pour obtenir un bon niveau, tout en devant composer avec les effets d’un champ magnétique trop important.
La bonne hauteur est donc un compromis et dépend notamment du micro, de ses aimants et de l’instrument.
Un principe, beaucoup de façons de l’utiliser
À partir de cette idée très simple, les fabricants ont développé quantité de micros différents.
Le simple bobinage de Stratocaster, le micro de Telecaster, le P-90 ou le humbucker ne sont pas construits de la même manière, mais tous reposent sur le même principe fondamental : des cordes magnétisées dont le mouvement produit un champ magnétique variable devant une ou plusieurs bobines.
Nous verrons séparément comment chacune de ces familles exploite ce principe.
Et nous rencontrerons aussi quelques individus qui ont décidé que faire comme tout le monde était probablement trop facile, comme le Lace Alumitone.
Pour l’instant, retenons simplement ceci :
L’aimant magnétise la corde. La corde magnétisée vibre. Son champ magnétique se déplace devant la bobine, qui transforme ce mouvement en signal électrique.
C’est le point de départ de presque tout ce qui va suivre.