Le simple bobinage
Le terme anglais single coil signifie tout simplement « simple bobinage » : le micro utilise une seule bobine pour générer son signal.
C’est probablement l’architecture de micro la plus simple à comprendre. Une corde est magnétisée, elle vibre, son champ magnétique se déplace et cette variation de flux génère une tension électrique dans la bobine. C'est exactement le même principe d’induction électromagnétique que celui qui régit la dynamo de votre vélo.
Une bobine, un système magnétique et des cordes. En gros, nous avons déjà toutes les pièces.
Mais simple ne signifie pas pour autant tous identiques.
Le micro de Stratocaster : le cas d’école

Le micro traditionnel de Stratocaster constitue probablement l’exemple le plus évident du simple bobinage.
Dans sa construction habituelle, six plots magnétiques traversent directement la bobine. Chaque barreau est placé sous une corde et joue à la fois le rôle d’aimant et de pièce polaire.
Le fil de cuivre est bobiné autour de cet ensemble, entre deux petites plaques constituant le support de la bobine.
Lorsque Fender présente sa Stratocaster en 1954, ses trois micros utilisent des aimants Alnico et des plots de hauteurs différentes afin d’équilibrer le niveau des cordes utilisées à l’époque. Fender utilise toujours ce principe sur ses reproductions de micros de 1954.
C’est une construction remarquablement simple qui, sept décennies plus tard, n’a toujours pas pris sa retraite. Bien au contraire, elle continue d'inspirer la plupart des fabricants de micros.
Le simple bobinage existait avant la Stratocaster
La Stratocaster n’a évidemment pas inventé le micro à une bobine.
Gibson fabriquait déjà des micros électromagnétiques dans les années 1930 et présente le P-90 en 1946, huit ans avant la Stratocaster. Le P-90 utilise lui aussi une seule bobine, mais sa construction est très différente : bobine large et plate, aimants en barre placés en dessous et vis polaires réglables.
Chez Fender, l’Esquire de 1950 utilisait déjà un simple bobinage au chevalet, dérivé des micros employés sur les lap-steels de la marque. La Broadcaster puis la Telecaster poursuivront dans cette voie avant l'arrivée de la Stratocaster en 1954.
Autrement dit :
Un micro de Stratocaster est un simple bobinage, mais un simple bobinage n’est pas nécessairement un micro de Stratocaster.
Nous consacrerons d’ailleurs un article séparé au P-90 tant sa construction diffère.
Une bobine peut prendre bien des formes
La forme et les dimensions de la bobine comptent beaucoup.
Une bobine haute et étroite, comme celle d’un micro de Stratocaster, n’a pas les mêmes caractéristiques électriques qu’une bobine beaucoup plus large et plate comme celle d’un P-90.
On peut également modifier :
le nombre de tours de fil, son diamètre, la largeur et la hauteur du bobinage, les aimants, les pièces polaires et la manière dont le champ magnétique est réparti.
Tout cela explique pourquoi deux micros possédant pourtant une seule bobine peuvent se comporter très différemment.
Le terme single coil nous renseigne donc sur l’architecture générale du micro, pas sur son « son ».
Pourquoi les plots d'une Strat ne sont-ils pas tous à la même hauteur ?
Sur de nombreux micros Fender traditionnels, les six aimants ne dépassent pas tous de la même hauteur.
Ce stagger servait à équilibrer le niveau entre les différentes cordes.
Lorsque la Stratocaster apparaît en 1954, les jeux de cordes sont très différents de ceux que nous utilisons aujourd’hui. La corde de Sol était notamment couramment filée, et le rayon de touche participait également aux différences de distance entre les cordes et les plots.
Fender conservera les plots étagés pendant environ vingt ans avant de passer à des plots de même hauteur en 1974, puis réintroduira par la suite des versions étagées.
Cela explique aussi pourquoi reproduire servilement le stagger de 1954 avec un jeu moderne comportant un Sol non filé n’est pas forcément indispensable.
Le vintage a parfois ses raisons que le jeu de cordes moderne ignore.
Le défaut du simple bobinage
Il en fallait bien un.
Une bobine ne réagit pas uniquement au champ magnétique produit par les cordes. Elle peut également capter les champs électromagnétiques présents autour de la guitare.
Transformateurs, réseau électrique, éclairage et divers appareils électriques peuvent donc se retrouver invités dans le signal.
En Europe, on parle souvent du ronflement à 50 Hz, parce que notre réseau électrique fonctionne à cette fréquence. Aux États-Unis, ce sera 60 Hz. En réalité, le bruit entendu contient également différentes harmoniques et autres parasites.

C’est ce fameux hum qui donnera son nom au humbucker, littéralement celui qui « extermine le ronflement».
Le problème était déjà suffisamment gênant au début des années 1950 pour que Gibson travaille sur une solution à deux bobines, qui débouchera sur le humbucker développé notamment par Seth Lover. Gibson situe ces recherches au début des années 1950 et le dépôt du brevet en 1955.
Nous y reviendrons.
Le blindage ne règle pas tout
On pourrait penser qu’il suffit de tapisser la cavité de cuivre pour transformer un simple bobinage en micro silencieux.
Malheureusement, non.
Un bon blindage peut être très efficace contre certaines perturbations électriques, mais il ne supprime pas nécessairement les champs magnétiques basse fréquence directement captés par la bobine.
C’est une distinction importante lorsque nous parlerons du blindage de la guitare : tous les parasites n’ont pas la même origine et ne se combattent pas de la même manière.
Deux simples peuvent parfois faire disparaître le bruit
Sur de nombreuses guitares modernes équipées de plusieurs simples bobinages, l’un des micros peut être bobiné et magnétisé dans le sens opposé aux autres.
On parle alors de RWRP, Reverse Wound, Reverse Polarity (Sens de bobinage inversé/polarité inversée).
Lorsqu’on combine les deux micros appropriés, une partie importante du bruit commun aux deux bobines peut s’annuler alors que le signal des cordes s’additionne.
C’est pourquoi les positions intermédiaires de nombreuses Stratocaster modernes peuvent être beaucoup plus silencieuses que chaque micro utilisé séparément.
Mais ce fonctionnement n’était pas celui des premières Stratocaster de 1954. Fender les équipait alors de trois micros et d’un sélecteur trois positions. Les positions intermédiaires deviendront d’abord une astuce utilisée par les guitaristes avant l’adoption ultérieure du sélecteur cinq positions.
Nous garderons le détail des polarités et des sens de bobinage pour l’article consacré aux associations de micros. Sinon nous allons réussir à transformer « une seule bobine » en douze pages.
Simple mais pas rudimentaire
Le principe du simple bobinage est élémentaire :
une bobine transforme les variations du champ magnétique des cordes en signal électrique.
Mais son comportement dépend de presque tout ce qui l’entoure : dimensions de la bobine, nombre de tours, aimants, pièces polaires, emplacement sous les cordes, hauteur du micro et circuit auquel il est connecté.
C’est précisément cette diversité qui explique qu’un micro de Stratocaster, un micro de Telecaster et un P-90 puissent appartenir à la même famille tout en étant des animaux assez différents.
Et puisque le P-90 est probablement le meilleur exemple pour le démontrer, ce serait justement le suivant que j’attaquerais.