Les micros actifs

Le micro actif est probablement le seul micro capable de déclencher une discussion philosophique simplement parce qu’il y a une pile dans la guitare.

Pourtant, le principe n’a rien de particulièrement mystérieux.

Un micro actif reste d’abord un micro magnétique. Les cordes sont magnétisées, leur champ se déplace lorsqu’elles vibrent et les bobines génèrent un signal électrique exactement comme nous l’avons vu jusque-là.

La différence est qu’au lieu d’envoyer directement ce signal vers les contrôles de la guitare, on le fait passer immédiatement dans un circuit électronique alimenté, généralement un préamplificateur intégré au micro.

C’est ce qui le rend actif.

Pourquoi ajouter un préampli au micro ?

Un micro passif doit produire à lui seul un signal suffisamment important pour parcourir le circuit de la guitare, le câble et arriver jusqu’à l’entrée de l’ampli.

Pour obtenir ce niveau, on utilise généralement plusieurs milliers de tours de fil. Mais nous avons déjà vu que plus de bobinage signifie aussi davantage de résistance, d’inductance et de capacité parasite.

Avec un micro actif, le constructeur dispose d’une autre possibilité : faire produire moins de tension à la bobine, puis amplifier le signal électroniquement.

Rob Turner, fondateur d’EMG, explique justement qu’il cherchait à obtenir un système à faible impédance et qu’il lui fallait pour cela soit un transformateur, soit de l’électronique active. Son préampli est placé directement après les bobines et assure notamment l’adaptation d’impédance.

Ça change pas mal de choses.

Une faible impédance en sortie

L’un des grands avantages du préamplificateur est de fournir une faible impédance de sortie.

Avec un micro passif, le câble fait partie du circuit. Sa capacité interagit avec l’inductance du micro et peut modifier sensiblement sa réponse, surtout lorsque le câble devient long.

Le préampli d’un micro actif isole beaucoup mieux la bobine de ce qui vient après.

Rob Turner cite précisément cet avantage : une guitare équipée de ses micros actifs peut attaquer un long câble ou un système sans fil en conservant beaucoup plus facilement le même comportement.

Fishman donne par exemple une impédance de sortie de 2 kΩ pour plusieurs modèles Fluence actuels. On est très loin de l’environnement électrique d’un humbucker passif traditionnel.

Et la pile dans tout ça ?

La pile ne sert pas à alimenter les aimants.

Ils n’en ont absolument rien à faire.

Elle alimente le préamplificateur et les éventuels autres circuits électroniques contenus dans le micro.

C’est pourquoi un micro actif cesse généralement de fonctionner correctement lorsque la batterie est épuisée, alors qu’un micro passif peut parfaitement rester vingt ans dans une guitare sans jamais demander où se trouve le compartiment à piles.

La tension classique est 9 V, même si certaines électroniques acceptent d’autres alimentations ou des batteries rechargeables.

Actif ne signifie pas forcément « plus puissant »

L’association est compréhensible, parce que certains micros actifs ont effectivement été conçus pour délivrer un signal important.

Mais ce n’est pas ce qui définit un micro actif.

Ce qui le définit, c’est la présence de l’électronique alimentée directement associée au capteur.

Un constructeur peut utiliser cette électronique pour obtenir beaucoup de niveau, mais aussi pour réduire le bruit, adapter l’impédance, modifier la réponse du micro ou obtenir plusieurs réponses différentes avec le même capteur.

Autrement dit, la pile n’est pas un bouton turbo.

EMG et la généralisation du micro actif

Le nom le plus étroitement associé au micro actif reste évidemment EMG.

Rob Turner travaillait déjà sur les micros et les préamplificateurs dans les années 1970 et fonde son entreprise en 1976. Son idée était notamment de combiner un capteur à faible impédance et un préamplificateur directement intégré.

Les micros EMG commencent réellement à gagner en visibilité au début des années 1980, notamment lorsque Steinberger les monte d’origine sur ses instruments. Turner raconte que Ned Steinberger s’était intéressé à son travail dès la fin des années 1970.

Par la suite, l’image d’EMG sera fortement associée au rock et au metal, ce qui a contribué à installer une autre idée un peu tenace :

micro actif = micro pour metal.

Ce serait oublier que les EMG ont aussi été utilisés dans des contextes très différents. L’EMG SA, par exemple, est un simple bobinage actif associé depuis longtemps à David Gilmour.

La pile n’a donc pas de préférence musicale particulière.

Pourquoi des potentiomètres de 25 kΩ ?

Voilà un détail qui va nous servir immédiatement dans notre future rubrique Les contrôles.

Les circuits actifs travaillent généralement avec des potentiomètres de valeur beaucoup plus faible que les circuits passifs classiques.

EMG fournit par exemple des 25 kΩ avec ses micros actifs, alors que ses micros passifs utilisent plutôt 250 ou 500 kΩ selon les applications.

Fishman fournit également des potentiomètres de 25 kΩ avec de nombreux systèmes Fluence actifs.

Ce n’est évidemment pas parce qu’un 25 kΩ serait « meilleur » qu’un 500 kΩ.

Simplement, le préamplificateur a changé complètement l’impédance du circuit.

C’est une très bonne illustration d’un principe que nous retrouverons souvent : on ne choisit pas la valeur d’un potentiomètre parce qu’un forum affirme que « 500 kΩ ouvre le son ». On la choisit en fonction du circuit auquel il est raccordé.

Moins de bruit ?

L’électronique active permet aussi au constructeur de mieux contrôler certains parasites.

Rob Turner explique que la recherche d’un système moins bruyant a justement joué un rôle important dans le développement de ses micros. Son préampli permet notamment de traiter les deux signaux issus des bobines et d’assurer une meilleure réjection de certains bruits communs.

Cela ne signifie pas que le simple fait d’ajouter une pile transforme magiquement n’importe quel micro en système silencieux.

Le résultat dépend toujours de la construction du micro et de son électronique.

Fishman Fluence : une autre manière de faire

Le marché des micros actifs ne s’est évidemment pas arrêté à EMG.

Les Fishman Fluence constituent un exemple intéressant parce qu’ils utilisent une architecture de bobines très différente du bobinage traditionnel. Leur Fluence Core est constitué de couches conductrices fabriquées avec une grande régularité plutôt que d’un fil bobiné de manière classique.

L’électronique active permet ensuite de proposer plusieurs réponses électriques, que Fishman appelle des Voices, dans un même micro. Les modèles modernes peuvent donc passer d’une réponse à une autre sans simplement mettre un condensateur au bout d’une bobine traditionnelle.

C’est une autre bonne démonstration du fait que l’électronique active donne au fabricant davantage de liberté pour dissocier le capteur magnétique brut de la réponse finale du micro.

Micro actif ou guitare active ?

Et c’est là qu’il faut faire une distinction importante.

Une guitare peut parfaitement posséder :

des micros passifs + une électronique active.

Dans ce cas, les micros fonctionnent exactement comme ceux que nous avons étudiés précédemment. Leur signal est simplement envoyé ensuite vers un préamplificateur, un buffer ou une égalisation active placée ailleurs dans la guitare.

Ce n’est pas la même chose qu’un micro actif, dans lequel l’électronique fait directement partie du système de captation.

Nous garderons volontairement ce deuxième cas pour plus tard.

Il prendra beaucoup plus de sens une fois que nous aurons étudié le volume, la tonalité et les contrôles passifs.

Pour l’instant, un micro actif peut se résumer assez simplement :

un capteur magnétique dont le signal est immédiatement pris en charge par une électronique alimentée, généralement afin d’adapter son impédance, son niveau et sa réponse.

Ce n’est donc ni un micro passif auquel on aurait simplement ajouté une pile, ni nécessairement un monstre de niveau destiné à envoyer un ampli dans le mur.

C’est surtout une autre façon de décider où s’arrête le micro et où commence l’électronique.

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