Rainures de frettes, filets et variantes
Une rainure de frette qui paraît minuscule sur un plan peut déformer un manche si son ajustement est mal choisi. Ajouter un filet au bord de la touche change encore la façon dont les frettes se terminent. C’est le moment de dessiner les détails qui feront la différence entre une touche simplement découpée et une touche réellement fabricable.
Rainures et ajustement des frettes
Le pied de frette comporte généralement des crampons qui s’enfoncent dans les parois de la rainure. Une rainure trop large ne retiendra pas correctement la frette. Une rainure trop étroite exigera une force importante pour l’insérer et pourra comprimer longitudinalement la touche au point de modifier la courbure du manche. Cette dernière propriété a d’ailleurs été utilisée volontairement dans certaines techniques de compression fretting, mais ce n’est pas une méthode à appliquer accidentellement. Le bon choix dépend donc du fil de frette, de la largeur réelle produite par la scie, de la dureté du bois et de la méthode d’installation.
Dans un atelier, le plus raisonnable reste de réaliser un essai dans une chute du même matériau avec la scie et le fil prévus avant de rainurer la touche définitive.
La rainure doit être assez profonde pour que le pied de la frette puisse descendre complètement sans toucher son fond. Elle ne doit cependant pas être inutilement profonde, car chaque rainure constitue une interruption transversale dans la touche. La profondeur doit donc être déterminée à partir de la hauteur réelle du pied, en ajoutant une petite réserve compatible avec la méthode de fabrication. Sur certaines touches minces, cette question devient critique. StewMac rappelle par exemple que certaines anciennes touches Fender round-lam étaient associées à des pieds de frettes plus courts, précisément parce qu’une rainure moderne plus profonde risquerait de traverser la mince couche de touche et d’atteindre le manche. StewMac
Le binding change aussi la géométrie
Si un binding est prévu, il faut le décider avant de fixer définitivement la largeur du bois de la touche. Supposons qu’on souhaite obtenir une touche terminée de 43 mm de large au sillet avec un binding de 1,5 mm de chaque côté. La partie en bois n’aura plus que :
43 - 1,5 - 1,5 = 40 mm
au même endroit. Le binding fait donc partie de la largeur finale de la touche. L’ajouter après avoir déjà fabriqué une touche de 43 mm donnerait un ensemble de 46 mm et modifierait complètement la relation avec les cordes, le manche et le sillet. Les bandes commerciales existent dans de nombreuses épaisseurs, depuis quelques dixièmes de millimètre jusqu’à plus de 2 mm selon le produit. Des références de 1,52 mm sont par exemple courantes dans les gammes de binding pour instruments. StewMac Il faut donc choisir son épaisseur réelle, pas simplement noter « binding » sur le plan.
Lorsque la touche est bordée, le traitement de la zone du sillet doit être défini. Le binding peut s’arrêter contre le sillet, passer le long de celui-ci ou participer à l’habillage de l’extrémité de la touche selon l’architecture choisie. Cela modifie légèrement la longueur et la largeur des pièces et doit être cohérent avec ce que nous avons défini lors de la conception du manche et de la tête. Sur une tête inclinée, cela ne change évidemment pas le principe établi précédemment : la portée du sillet reste dans le plan du manche et la tête commence derrière elle.
Les frettes passent au-dessus du binding
C’est une méthode très courante. Les rainures sont réalisées dans le bois avant la pose du binding, ou arrêtées à celui-ci selon la méthode de fabrication. Le pied de la frette est ensuite entaillé à ses extrémités, tandis que sa couronne reste suffisamment longue pour passer au-dessus du binding. Le pied s’insère uniquement dans le bois, mais la partie supérieure de la frette couvre presque toute la largeur finie de la touche. Cette méthode préserve une largeur de fret utile proche de celle d’une touche non bordée et facilite généralement les refrettages ultérieurs.
Elle exige en revanche de prévoir dès le départ l’épaisseur du binding afin de déterminer correctement la longueur des couronnes et la quantité de pied à supprimer.
Les nibs de type Gibson
Certaines Gibson utilisent historiquement une autre méthode : les frettes s’arrêtent au bord du bois et le binding remonte devant leur extrémité pour former de petits nibs. Dans cette construction, la touche est d’abord rainurée et frettée, puis le binding est posé et travaillé autour des extrémités de frettes. StewMac décrit bien ce principe de binding façonné pour recouvrir les bouts de frettes. StewMac Le résultat est visuellement caractéristique, mais les nibs occupent une partie de la largeur qui pourrait autrement être utilisée par la couronne de la frette. Ils rendent également un futur refrettage plus complexe si l’on souhaite absolument les conserver.
Cette conséquence mérite d’être soulignée. Avec des frettes passant au-dessus du binding, pratiquement toute la largeur finie peut rester utilisable, sous réserve du chanfrein des extrémités. Avec des nibs, les couronnes s’arrêtent au bord du bois et une petite partie de la largeur totale est occupée par le plastique. Sur un manche déjà généreux, la différence est rarement problématique. Sur un manche étroit ou un projet où les cordes extérieures passent déjà très près des bords, elle peut devenir suffisamment importante pour devoir être intégrée à la géométrie définie dans Axe, manche, chevalet et trajectoire des cordes.
Extrémités et courbure des frettes
Même sans binding, la largeur réelle disponible pour les cordes dépend du traitement des extrémités. Un chanfrein important raccourcit la partie horizontale de la couronne sur laquelle la corde peut s’appuyer. C’est particulièrement sensible sur la corde aiguë lors d’un bend. Une touche de 43 mm n’offre donc pas nécessairement 43 mm de largeur fonctionnelle. Pour un projet neuf, il est préférable de déterminer une marge raisonnable depuis les cordes extérieures jusqu’à la zone réellement utilisable de la frette, plutôt que jusqu’au simple bord du bois. Cette remarque vaut encore davantage sur une basse, où les cordes graves sont beaucoup plus épaisses et où certains manches cinq ou six cordes deviennent très larges.
Avant son installation, le fil de frette est généralement cintré selon un rayon proche de celui de la touche. La technique de pose appartient à L’atelier, mais cette réalité a une conséquence sur la conception : un radius très particulier ou composé peut rendre moins pratique l’utilisation de jeux de frettes prédécoupées et pré-radiussées. Jescar vend par exemple certains jeux déjà courbés en 10", 12" ou 16", ce qui illustre bien le fait que le radius fait partie des caractéristiques à coordonner avec le matériel de frettage. Jescar Music Dans un projet sur mesure, il reste évidemment possible de former soi-même le fil à la courbure souhaitée.
Le choix entre maillechort, acier inoxydable ou autres alliages n’oblige généralement pas à modifier le dessin de la touche, mais il doit être arrêté suffisamment tôt pour sélectionner le fil et donc les dimensions de rainure correspondantes. L’acier inoxydable est beaucoup plus résistant à l’usure, mais aussi plus exigeant pour les outils. Le maillechort traditionnel reste facile à travailler et existe dans un très grand nombre de profils. Il ne faut cependant pas déduire la dimension de la frette de son matériau. Deux fils de même alliage peuvent avoir des sections totalement différentes. Pour la conception, la géométrie réelle du fil est beaucoup plus importante que son appellation commerciale.
Fretless, frette zéro et repères
Une basse fretless constitue évidemment une exception importante à un article consacré au frettage. Le diapason reste strictement nécessaire, mais il n’y a plus de couronne métallique pour définir les positions. Le musicien crée lui-même le point de contact en posant la corde sur la touche. La touche devient donc directement une surface d’usure et son matériau ainsi que sa finition prennent davantage d’importance. Une fretless peut rester totalement vierge ou recevoir des lignes placées aux positions théoriques des frettes. Dans ce dernier cas, ces lignes doivent être conçues avec la même précision que des rainures de frettes, même si elles ne reçoivent qu’un filet de bois ou un autre matériau de repère.
Les repères latéraux méritent également une décision spécifique : certains musiciens préfèrent qu’ils indiquent directement les positions de notes plutôt que les espaces entre frettes comme sur une basse frettée.
Avec une frette zéro, celle-ci définit le point de départ réel du diapason. Sa rainure correspond donc à la position zéro et non à une frette supplémentaire ajoutée devant un diapason déjà complet. Le sillet situé derrière conserve essentiellement une fonction de guidage latéral. Il faut prévoir cette architecture au dessin, car elle modifie la position relative de la touche, du sillet et du début de la tête. La frette zéro peut utiliser le même fil que les autres frettes ou une hauteur légèrement différente selon la conception, mais ce choix doit rester compatible avec la hauteur des cordes souhaitée.
Un binding de touche offre une surface pratique pour les repères latéraux. Leur implantation doit cependant être prévue avant de percer. Avec un binding opaque relativement épais, les repères peuvent être entièrement contenus dans celui-ci. Avec une bande très fine, un perçage de diamètre important peut atteindre le bois et produire un résultat visuel différent. Sur une touche sans binding, les repères sont naturellement implantés directement dans le bois. Ce détail paraît mineur, mais il illustre une fois encore pourquoi le binding doit être considéré comme une partie de la touche, et non comme une décoration ajoutée en toute fin de projet.
Ce que l’atelier doit recevoir
Même à la table à dessin, l’ordre de fabrication doit rester imaginable. Une touche avec binding et nibs ne se fabrique pas dans le même ordre qu’une touche non bordée. Une touche compound destinée à la CNC ne demande pas exactement les mêmes références qu’une touche cylindrique travaillée avec une cale à radius. De grandes incrustations peuvent devoir être installées avant certaines opérations, et une touche fretless avec lignes impose encore un autre enchaînement. L’objectif de la conception n’est pas encore de détailler chaque geste, mais de vérifier que le résultat dessiné peut effectivement être fabriqué avec les moyens dont on dispose.
À la fin de cette étape, le plan devrait définir au minimum le diapason utilisé, le nombre de frettes, la position exacte de chaque rainure, la longueur et la largeur de la touche, son épaisseur de référence, son radius ou ses deux radius s’il est composé, ainsi que le fil de frette prévu. Si un binding est retenu, il faut en plus connaître son épaisseur, sa hauteur, la largeur du noyau en bois, son traitement autour du sillet et de l’extrémité de touche, ainsi que la manière dont les frettes se termineront. Le choix entre frettes au-dessus du binding et nibs doit être arrêté avant fabrication.
Les incrustations, repères latéraux et éventuelle frette zéro doivent également apparaître sur le plan lorsqu’ils ont une incidence sur les opérations ou les dimensions.