Le vernis change les cotes
Une cavité de micro peut être parfaitement ajustée au bois brut, puis devenir trop étroite après quelques couches de finition. Une plaque affleurante peut se retrouver légèrement en retrait ; une bague peut ne plus entrer dans son perçage. La finition n’est donc pas un simple décor appliqué quand tout est terminé : elle modifie les interfaces que nous avons dessinées.
Choisir le système complet avant la couleur
La famille de vernis, la teinte et l’aspect de surface relèvent du choix de finition, déjà présenté dans Les finitions. À la table à dessin, il faut surtout savoir quelles zones recevront un film, lesquelles resteront masquées et quelles dimensions doivent être garanties après traitement.
Cette distinction est importante parce que chaque couche peut modifier les dimensions et l'aspect du support. Certaines pénètrent principalement dans les fibres ou les pores ; d'autres forment un film au-dessus du matériau. Certaines sont ensuite largement poncées, tandis que d'autres restent presque intégralement dans le revêtement final. L'épaisseur déposée pendant l'application ne correspond donc pas nécessairement à l'épaisseur réellement conservée après séchage, durcissement et polissage. Le comportement dépend également du produit choisi. Une laque qui durcit principalement par évaporation de solvants n'évolue pas exactement comme un système réticulé chimiquement ou polymérisé sous ultraviolet. Ces différences sont développées dans La nitrocellulose, Polyuréthane et polyester et Les finitions modernes.
L’épaisseur finale et les jeux mécaniques
Une couche de vernis de quelques dixièmes de millimètre peut sembler insignifiante à l'échelle d'un corps de guitare. Elle ne l'est plus lorsqu'elle se trouve dans une cavité ajustée, autour d'un insert ou sur une surface de contact précise. Prenons deux pièces devant s'assembler avec un jeu limité. Si les deux surfaces opposées reçoivent chacune une épaisseur de finition, l'espace disponible diminue de la somme de ces deux épaisseurs. Pour une cavité recevant un composant dont le contour est très proche de celui du logement, le problème apparaît immédiatement.
Si un micro possède une largeur extérieure de 38 mm et que sa cavité mesure 38,4 mm, le jeu total initial est de 0,4 mm. Si une finition ajoute finalement 0,15 mm sur chacune des deux parois opposées, la largeur disponible devient 38,1 mm et le jeu total n'est plus que de 0,1 mm. Cet exemple illustre une relation géométrique, pas une épaisseur de vernis à adopter. La valeur réelle dépend du système, du procédé d'application et des opérations de nivelage. Il montre surtout pourquoi une cavité ajustée au bois brut peut devenir trop étroite après finition.
La même difficulté concerne les plaques affleurantes, les caches incrustés, les logements de batteries et certaines interfaces entre pièces de bois.
Dans un plan de fabrication, il peut être utile de distinguer les dimensions avant finition et celles que devra présenter l'instrument terminé. Cette distinction devient essentielle sur les assemblages précis. Un logement peut être usiné légèrement plus large pour tenir compte du revêtement prévu sur ses parois. Une surface destinée à être masquée peut, au contraire, conserver ses dimensions d'usinage puisque le produit n'y sera pas appliqué. Le plan doit donc identifier les surfaces qui recevront une finition et celles qui resteront sans revêtement. Il ne suffit pas d'ajouter arbitrairement une même surcote partout. Une teinte pénétrante, une finition huilée et un système multicouche épais ne demandent pas nécessairement les mêmes corrections.
Pour une pièce critique, le procédé le plus fiable consiste à réaliser une éprouvette, mesurer son évolution dimensionnelle après finition et utiliser cette information dans le dessin.
Dans Intégrer les micros, nous avons distingué le contour visible d'un micro de ses dégagements mécaniques cachés. La finition ajoute une contrainte supplémentaire. Une cavité dont le contour supérieur suit précisément celui du capot peut présenter un jeu régulier après usinage, puis devenir trop serrée lorsque ses parois reçoivent plusieurs couches de vernis. Le défaut inverse est également possible. Pour éviter tout problème, on peut être tenté de dessiner une cavité excessivement large, mais le jeu devient alors visuellement important et irrégulier autour du micro. La conception doit donc distinguer le jeu fonctionnel recherché sur l'instrument terminé et les dimensions nécessaires pour l'obtenir avant finition.
Cette précaution vaut particulièrement pour les humbuckers montés directement dans le bois, les P-90 soapbar et les grands micros de basse dont le boîtier reste entièrement visible. Le meilleur résultat ne vient pas de la cavité la plus serrée possible, mais de celle qui présente un jeu régulier, compatible avec le réglage et le démontage du micro, une fois la finition terminée.
Une plaque de cavité encastrée présente le même problème, mais sur un contour parfois beaucoup plus long. Si la plaque et le corps reçoivent des finitions différentes, leurs variations dimensionnelles peuvent également différer. Une plaque en bois massif, une plaque en plastique et une plaque métallique ne réagissent pas de la même manière aux variations d'humidité, à la température et aux traitements de surface. Le jeu périphérique doit donc permettre l'installation et le retrait de la plaque sans détériorer les bords de la finition. La profondeur de la feuillure mérite autant d'attention. Une plaque qui affleure parfaitement le bois brut peut se retrouver en retrait ou légèrement saillante selon la manière dont les deux surfaces sont terminées.
Il faut par conséquent définir si la plaque sera finie séparément, si sa face visible recevra le même revêtement que le corps et à quel stade son ajustement définitif sera réalisé. Cette question rejoint directement les principes abordés dans l'intégration de l'accastillage : le contour visible et son logement doivent être conçus ensemble.
La finition peut également s'accumuler dans les perçages. Le phénomène est particulièrement gênant lorsqu'un trou doit recevoir une ferrule, un insert ou une bague précisément dimensionnée. L'épaisseur ajoutée réduit le diamètre utile et peut empêcher le montage. À l'inverse, forcer une pièce métallique dans un trou devenu trop étroit risque de provoquer des éclats dans le revêtement qui entoure son entrée. Il faut donc décider si le logement sera protégé pendant la finition ou repris à sa cote définitive après durcissement. La deuxième solution demande de l'attention : un perçage effectué dans un revêtement dur et fragile peut écailler ses bords si l'outil et la méthode ne sont pas adaptés.
Pour les inserts filetés, il faut également éviter que du produit ne pénètre dans les filetages ou sur les surfaces mécaniques nécessaires à leur fonctionnement. Là encore, la bonne solution dépend du composant et du système de finition. Le plan doit surtout identifier les interfaces qui ne peuvent pas tolérer une accumulation incontrôlée de produit.
Poche de manche et zones de collage
La jonction corps-manche est une interface particulièrement importante parce qu'elle doit assurer à la fois la position géométrique et la tenue mécanique du manche. Sur une construction vissée, une accumulation de finition dans la poche du manche peut modifier son ajustement. Si elle se forme principalement au fond ou sur une paroi, elle peut aussi affecter la position du manche dans son logement. Cela ne signifie pas qu'une poche de manche doive nécessairement rester entièrement en bois brut. Certaines fabrications comportent volontairement des surfaces finies dans cette zone. Le problème est plutôt de garantir que l'ajustement final corresponde à celui prévu dans le dessin.
Si le manche et le corps sont finis séparément, il faut connaître l'effet des revêtements sur leurs surfaces de contact. Si certaines surfaces sont masquées, le masquage doit être prévu dès la préparation. La précision recherchée dans Concevoir la jonction corps-manche ne doit pas être perdue pendant les dernières opérations de fabrication.
Une surface devant être collée ne peut pas être considérée comme une simple surface extérieure. Le collage doit être réalisé sur un support compatible avec l'adhésif utilisé. Un vernis, une huile ou un produit de polissage peut empêcher une bonne adhérence lorsqu'il s'interpose entre les matériaux. C'est une contrainte particulièrement importante pour les manches collés, les tables rapportées, les placages, les filets et certains assemblages décoratifs. La solution habituelle consiste à organiser les opérations de manière que les surfaces destinées au collage soient préparées et assemblées avant la finition, ou correctement protégées lorsqu'une finition préalable est nécessaire.
Il existe des procédés de collage sur surfaces traitées, mais ils demandent des adhésifs et des préparations spécifiques. Ils ne doivent pas être présumés compatibles sans vérification. Une zone de collage doit être identifiée comme telle dans le plan et dans l'ordre de fabrication. Cette précaution évite qu'un beau résultat de finition ne masque un assemblage mécaniquement compromis.