Chevalets fixes et cordiers

Sur une Telecaster, la plaque du chevalet fait partie de la silhouette. Sur une Les Paul, le Tune-O-Matic et le cordier définissent une autre hauteur de cordes et d’autres ancrages. Ces différences ne concernent pas uniquement le son ou le style : elles conditionnent les perçages, l’épaisseur utile du corps et l’angle du manche.

Choisir le modèle avant le moindre trou

Deux chevalets remplissant apparemment la même fonction ne possèdent pas nécessairement les mêmes entraxes, les mêmes inserts, la même course d’intonation ni la même hauteur. C’est vrai pour les Tune-O-Matic et leurs variantes, pour les chevalets fixes dérivés de Fender, pour les chevalets de basse et plus encore pour les vibratos. Deux systèmes extérieurement proches peuvent demander des usinages différents. Le modèle exact devrait donc être choisi avant les opérations irréversibles.

À ce stade de la conception, la documentation dimensionnelle du fabricant devient une source essentielle. Elle peut fournir les entraxes, diamètres, dimensions des inserts, plages de hauteur, espacement des cordes, contours de défonce ou position des pivots. Lorsque le composant est déjà disponible, rien n’interdit de contrôler ces cotes directement sur la pièce. Cette double vérification est utile : un plan trouvé sur Internet peut correspondre à une autre version, tandis qu’une copie ou une variante sous licence peut ne pas respecter exactement la géométrie du modèle dont elle s’inspire. Le dessin du fabricant décrit le modèle annoncé ; la pièce réellement utilisée reste la dernière référence avant usinage.

L’implantation longitudinale doit être calculée depuis les points de contact des cordes sur les pontets, et non depuis le bord de la plaque. La compensation et les réserves d’intonation sont étudiées dans Implanter le chevalet et vérifier le plan.

L’axe du chevalet et son espacement de cordes doivent reprendre la géométrie définie dans Dessiner le faisceau des cordes. Reportez ensuite les perçages réels du modèle retenu.

La hauteur des cordes au-dessus de la table doit rester compatible avec le plan des frettes et la plage du chevalet. Ce calcul, notamment lorsqu’un angle du manche est envisagé, figure dans À quelle hauteur passeront les cordes ?.

Une fois la position fonctionnelle définie, les perçages et inserts peuvent être reportés depuis le plan dimensionnel. Il faut alors contrôler ce qui se trouve sous chacun d’eux. Une vis à bois demande une profondeur suffisante. Un insert métallique a besoin d’une masse de matière capable de reprendre les efforts. Un pivot de vibrato implanté à proximité immédiate d’une grande cavité ne bénéficie pas de la même structure qu’un pivot entouré de bois sur toute sa hauteur. Cette vérification devient particulièrement importante sur un corps chambré, semi-creux ou fortement évidé. Dans Concevoir le corps, nous avons volontairement protégé une zone autour du chevalet. Les dimensions réelles du composant permettent maintenant de définir précisément cette zone.

Il faut également prévoir le passage éventuel du conducteur reliant le chevalet, le cordier ou le système de ressorts à la masse électrique. Nous y reviendrons avec la conception de l’électronique, mais son passage doit déjà rester possible.

Chevalets fixes et cordes traversantes

Sur un chevalet fixe à cordes traversantes, les pontets règlent l’intonation et la hauteur tandis que les ferrules retiennent les extrémités des cordes au dos du corps. Le plan doit relier leurs axes sans décalage d’une face à l’autre.

Un montage traversant ajoute une seconde série de références sur la face arrière du corps. Les trous de passage doivent correspondre à l’espacement du chevalet et déboucher dans une zone permettant l’installation des ferrules. Leur diamètre extérieur, leur éventuelle collerette et leur profondeur doivent être intégrés au dessin. Le plan doit donc représenter à la fois la face avant et la face arrière. La réalisation pratique de ces perçages sera abordée dans la partie consacrée à la fabrication et aux gabarits, mais leur géométrie appartient déjà au projet. Un léger défaut d’angle qui passerait presque inaperçu sur un trou isolé devient très visible lorsque six ferrules sont censées former une ligne régulière.

Tune-O-Matic, wraparound et basses

Avec un Tune-O-Matic associé à un cordier séparé, généralement de type stopbar, les fonctions de chevalet et d’ancrage des cordes sont réparties entre deux composants. Le Tune-O-Matic dispose habituellement d’une course d’intonation relativement limitée. Son implantation longitudinale demande donc davantage de précision qu’un chevalet muni de longues vis de pontets. Il est fréquent qu’il soit légèrement incliné, le côté grave étant plus éloigné du sillet. Cet angle ne doit cependant pas être copié arbitrairement depuis un autre instrument. Il doit résulter des plages de réglage disponibles pour les cordes aiguës et graves.

Certaines variantes apportent d’autres possibilités. Le Schaller STM, par exemple, permet de modifier transversalement la position de ses rouleaux et dispose de plusieurs configurations de goujons et inserts. Le fabricant publie les cotes correspondantes ainsi que les plans techniques. Schaller STM — dimensions et plans techniques Le cordier se trouve plus loin vers l’arrière et crée l’angle des cordes après le chevalet. Il faut conserver un angle suffisant pour maintenir correctement les cordes sur les pontets, sans supposer qu’un angle maximal serait nécessairement préférable. Avec certaines combinaisons de hauteur, la corde peut toucher l’arrière du chevalet avant de rejoindre le cordier. La trajectoire mérite donc d’être contrôlée sur une vue de côté.

Le stopbar possède lui aussi ses propres inserts et son propre entraxe. Schaller fournit par exemple un dessin technique et les dimensions de son modèle, ce qui permet de traiter chevalet et cordier comme deux composants indépendants du plan. Schaller Stop Tailpiece — dimensions et plan technique Pour le fonctionnement général de ces différents systèmes, voir également Le chevalet et le cordier.

Un wraparound concentre sur deux inserts le chevalet et l’ancrage des cordes. Sur les modèles modernes à pontets réglables, la logique reste proche de celle d’un chevalet conventionnel : chaque corde doit disposer d’une course suffisante. Sur les modèles compensés ne permettant pas un réglage indépendant complet, la géométrie propre du chevalet participe directement à la compensation. La position et l’angle deviennent alors particulièrement importants. Dans les deux cas, l’implantation doit partir du modèle exact. L’entraxe des inserts, leur diamètre et la position des points de contact des cordes ne doivent pas être déduits d’un supposé standard Gibson ou d’une pièce ressemblante.

Les principes restent identiques sur une basse, mais les distances sont plus importantes et les variantes d’espacement beaucoup plus nombreuses. Une basse quatre cordes peut utiliser différents espacements ; une cinq ou six cordes davantage encore. L’espacement doit donc provenir de la géométrie du manche et du projet, pas simplement du nombre de cordes. La gamme A Style de Hipshot illustre bien cette diversité : le fabricant documente plusieurs espacements sur une même architecture et fournit pour chaque référence un dessin indiquant notamment l’espacement, la plage d’intonation et les hauteurs utiles. Hipshot — plans des chevalets A Style pour basse

Les pontets séparés suppriment la plaque commune et permettent de positionner indépendamment chaque corde. Cette architecture convient particulièrement bien aux basses à cinq ou six cordes, aux instruments multiscale, à certaines conceptions headless ou aux projets dont l’espacement sort des dimensions usuelles. Cette liberté ne supprime aucune contrainte : chaque pontet doit suivre l’axe de sa corde, offrir une course d’intonation suffisante et se trouver à une hauteur compatible avec la géométrie générale.

L’ABM 3710 constitue un exemple documenté de pontet individuel destiné à la basse. Le fabricant annonce un espacement minimal de 15 mm entre unités, permet une alimentation des cordes par le chevalet ou à travers le corps et fournit un dessin dimensionnel en téléchargement. Il signale également qu’un montage longitudinalement décalé peut être nécessaire avec certains instruments multiscale. ABM 3710 — pontet individuel et plan dimensionnel Avec cette architecture, le plan n’est plus contraint par l’entraxe d’une plaque commune. Il doit en contrepartie définir explicitement la position de chaque corde.

Références techniques