Les interfaces qui comptent vraiment

Une cavité de micro cachée peut accepter un large dégagement. Deux inserts de vibrato doivent, eux, tomber à des positions compatibles avec une pièce métallique rigide. Ces interfaces ne réclament pas la même précision : les tolérances se choisissent en fonction de l’assemblage, pas par goût des décimales.

Chevalet, entraxes et pivots

Pour un chevalet, la dimension importante reste la position réelle des points de contact des cordes. Une petite variation du contour de sa plaque est généralement sans conséquence sur le fonctionnement de l'instrument. En revanche, un décalage longitudinal de l'ensemble réduit ou augmente directement la marge d'intonation disponible dans l'une des directions. Un décalage transversal peut modifier l'espacement des cordes par rapport aux bords de la touche. Le plan doit donc définir séparément la position des éléments fonctionnels et celle des perçages qui permettent de les fixer. La plage de réglage des pontets constitue une marge destinée à régler l'intonation de l'instrument. Elle ne devrait pas servir à compenser sans discernement des erreurs de fabrication.

Lorsque le chevalet dispose d'une course limitée, comme certains Tune-O-Matic ou wraparound, cette exigence devient particulièrement importante. Les documents constructeur restent la référence pour déterminer les distances entre points de contact, inserts et fixations.

Deux trous peuvent chacun posséder un diamètre correct tout en présentant un entraxe incorrect. Ce problème est fréquent lorsqu'on réalise plusieurs perçages indépendamment les uns des autres. Un chevalet fixé par deux inserts, un vibrato à deux pivots ou une rangée de mécaniques exige non seulement des trous du bon diamètre, mais aussi une position relative conforme au composant utilisé. Lorsque les perçages sont destinés à une pièce métallique rigide, celle-ci ne pourra pas nécessairement absorber leurs écarts de position. Il faut donc distinguer la tolérance de diamètre de la tolérance de position. Le fait qu'un insert entre correctement dans chacun des trous ne garantit pas que le chevalet pourra se monter sur les deux inserts simultanément.

Un gabarit fiable, un système de références commun ou un usinage réalisé dans une même mise en position permet généralement de mieux contrôler cette géométrie que des mesures successives à partir de plusieurs bords.

Les pivots constituent un exemple particulièrement parlant. Leur diamètre d'implantation doit correspondre aux inserts réels. Leur entraxe doit être compatible avec le mécanisme et leur alignement doit permettre son pivotement. Une petite différence entre les positions des deux pivots peut introduire une contrainte mécanique qui ne serait pas présente avec une implantation correcte. Sur un vibrato à six vis, l'alignement des points de pivotement devient également important. Le problème ne peut donc pas être réduit à une tolérance globale du contour de la cavité. La cavité peut être relativement généreuse autour du bloc tout en exigeant une implantation beaucoup plus précise des pivots.

Inserts, vis et frettes

Un insert peut posséder des cannelures, un filetage extérieur, un épaulement ou une géométrie particulière destinée à assurer son maintien. Son diamètre extérieur maximal ne correspond donc pas nécessairement au diamètre de perçage conseillé. Certains modèles sont conçus pour être pressés dans un logement. D'autres se vissent dans le matériau. Les efforts appliqués pendant leur installation sont également différents. Un insert très serré peut provoquer une fissure, particulièrement lorsqu'il se trouve près d'une cavité ou d'un bord. Un logement trop grand peut, à l'inverse, entraîner une perte de maintien. La tolérance doit donc être définie en fonction de la géométrie de l'insert, de la méthode d'installation et du bois réellement utilisé.

Une éprouvette permet de vérifier simultanément le diamètre de perçage, l'effort d'installation et la qualité du maintien. Sur un vibrato ou un chevalet fortement sollicité, cette validation mérite d'être effectuée avant de percer le corps définitif.

Une vis à bois ne fonctionne pas de la même manière qu'un insert métallique. Son filetage pénètre dans les fibres et doit disposer de suffisamment de matière pour assurer son maintien. Le trou pilote dépend du diamètre et de la géométrie de la vis, mais aussi de la densité du matériau. Il serait donc incorrect d'imposer un diamètre de préperçage identique pour toutes les vis d'un même diamètre nominal. Il faut également distinguer le trou pilote destiné à recevoir le filetage et un éventuel trou de passage permettant à la vis de traverser librement la première pièce. Cette distinction intervient notamment dans certaines jonctions corps-manche vissées.

Le filetage doit travailler dans la pièce qui assure la retenue. Si la vis accroche également de manière indésirable la pièce qu'elle doit serrer, elle peut empêcher les deux surfaces de se rapprocher correctement. Ces détails relèvent ensuite de la méthode de montage, mais leurs diamètres doivent être définis dès le plan.

Pour les frettes, l’interface critique est celle du pied avec la rainure. Les dimensions, les barbes et la profondeur ont déjà été examinées dans Rainures de frettes, filets et variantes ; le plan de fabrication doit utiliser le fil réellement choisi.

Sillet, micros et plaques

Le sillet réclame plusieurs références distinctes : son point de contact longitudinal, la largeur utile et la hauteur des cordes. Le dimensionnement géométrique est traité dans Dessiner le faisceau des cordes et Du sillet aux frettes.

Pour un micro ou une plaque visible, le jeu périphérique ne suffit pas : il faut également prévoir comment centrer la pièce dans le logement. Un montage flottant ou une plaque encastrée peut révéler une dissymétrie alors que toutes les dimensions individuelles sont dans leurs tolérances.

Un jeu périphérique ne dépend pas uniquement des dimensions de la pièce et de son logement. Il dépend également de leur position relative. Un micro peut posséder un jeu total théorique de 0,6 mm dans sa cavité. Si son système de fixation le décale latéralement, ce jeu ne sera plus nécessairement réparti de manière égale. L'espace peut devenir très faible d'un côté et important de l'autre. Il faut donc distinguer le jeu dimensionnel du défaut de positionnement. Lorsque le micro est suspendu par des vis ou installé sur un support réglable, son orientation et sa liberté de mouvement peuvent également modifier la répartition du jeu.

Le dessin doit garantir que le composant ne rencontre pas les parois dans les positions nécessaires à son utilisation. Pour un montage visible particulièrement soigné, il faut en plus prévoir comment obtenir un centrage esthétique régulier après installation.

Une plaque de cavité posée sur la surface du corps masque naturellement son logement. Une plaque affleurante, au contraire, révèle directement l'ajustement périphérique. Un écart de quelques dixièmes peut devenir visible si le jeu varie fortement autour de son contour. La régularité importe alors autant que la valeur absolue. Une plaque présentant un jeu uniforme peut paraître mieux intégrée qu'une plaque dont le jeu moyen est plus faible, mais qui touche presque d'un côté et laisse une ouverture importante de l'autre. La fabrication doit donc contrôler conjointement les dimensions et le positionnement de la feuillure. Il faut également tenir compte de la finition, qui peut modifier l'épaisseur de la plaque et la largeur disponible dans son logement.

Un jeu important n'est pas nécessairement un défaut. Une cavité électronique masquée par une plaque peut posséder un volume largement supérieur à celui des composants. Un passage de câble peut être dimensionné pour accepter plusieurs fils ou un connecteur. Une cavité de ressorts peut conserver une marge permettant différents réglages. Dans ces situations, le jeu constitue une liberté fonctionnelle. Il n'existe aucun intérêt à rendre la cavité plus petite ou plus précise uniquement pour qu'elle épouse étroitement son contenu. La matière restante et la résistance de la structure demeurent évidemment des contraintes. Mais tant que ces limites sont respectées, une cavité de dégagement n'a pas besoin des tolérances d'une interface de positionnement.