Implanter le chevalet et vérifier le plan
Choisir le diapason ne dit pas encore où percer le chevalet. La longueur vibrante est une référence, tandis que les pontets offrent une plage d’intonation et que les différents chevalets imposent des fixations distinctes. C’est aussi le moment de se méfier d’un plan imprimé à une échelle approximative : un simple pourcentage de réduction peut ruiner un diapason.
Le chevalet possède une marge, pas un point magique
Si le diapason choisi est de 648 mm, il pourrait sembler logique de placer tous les pontets exactement à 648 mm du point de contact du sillet. Une guitare réelle ne fonctionne généralement pas ainsi. Lorsqu’une corde est appuyée sur une frette, elle est déplacée vers la touche et subit un allongement supplémentaire. Sa tension augmente légèrement et la note produite tend à devenir plus aiguë que la valeur idéale. L’amplitude de ce phénomène dépend notamment de la corde elle-même et de la géométrie de l’instrument. On corrige cet écart en augmentant légèrement la longueur vibrante effective de la corde : c’est la compensation d’intonation.
La distance réelle entre le sillet et le pontet sera donc généralement légèrement supérieure au diapason nominal, et elle ne sera pas identique pour toutes les cordes.
Il serait pratique de pouvoir appliquer une règle du genre :
diapason + 3 mm = position du chevalet
mais ce serait une simplification excessive. La compensation dépend notamment du diamètre de la corde, de sa construction, de sa raideur, de son accordage, de l’action et de la hauteur des cordes au sillet. Les différentes cordes d’un même jeu ne demandent donc pas nécessairement la même compensation. C’est ce qui produit l’aspect en escalier caractéristique des pontets d’un chevalet correctement réglé et explique également l’implantation oblique de certains chevalets. Au stade de la conception, le but n’est donc pas de déterminer au dixième de millimètre la future position de chacun des pontets, mais de placer le chevalet de manière à disposer d’une course de réglage suffisante dans la zone où ils devront effectivement se trouver.
Avant de percer ou de défoncer quoi que ce soit, il faut examiner le chevalet réellement prévu pour le projet. Les pontets disposent d’une course limitée. Le chevalet doit être implanté de manière à ce que le réglage normal de l’instrument se situe à l’intérieur de cette course et non en butée. Il faut donc déterminer le point de contact réel de la corde sur le pontet, observer sa plage de déplacement et prévoir suffisamment de réserve pour la compensation. La géométrie du corps doit ensuite être construite autour de cette position.
La valeur exacte dépend du chevalet, c’est pourquoi la documentation du fabricant et, idéalement, le composant réel doivent primer sur une cote générique trouvée pour un modèle qui lui ressemble.
Les chevalets de type Fender
Sur les chevalets Fender classiques et leurs nombreux dérivés, chaque pontet dispose d’une course longitudinale relativement importante. Le positionnement doit permettre au point de contact des cordes de se trouver autour du diapason nominal tout en conservant suffisamment de déplacement vers l’arrière pour obtenir la compensation nécessaire. Il faut donc raisonner sur le point de contact de la corde sur le pontet, pas simplement sur les vis de fixation ou le contour extérieur du chevalet.
Le Tune-O-Matic
Un Tune-O-Matic offre généralement une course de pontets plus limitée. Son implantation doit donc être particulièrement bien réfléchie. C’est également la raison pour laquelle ce type de chevalet est souvent légèrement incliné, le côté des cordes graves se trouvant plus éloigné du sillet que celui des aiguës. L’angle et la position nécessaires dépendent du modèle de chevalet, de sa course disponible et de la géométrie retenue. Copier simplement la position observée sur une autre guitare sans vérifier ces paramètres n’est pas une méthode fiable.
Le Floyd Rose
Dans le cas d’un Floyd Rose, le diapason doit être combiné à plusieurs contraintes mécaniques : position des pontets, axes des couteaux, inserts, dimensions de l’embase, passage du bloc, cavité arrière et, lorsque le vibrato est flottant, dégagement nécessaire au mouvement dans les deux sens. La position du système ne peut donc pas être réduite à un simple perçage effectué à une distance donnée du sillet. Ici plus encore, il est préférable de disposer du modèle exact ou de son plan dimensionnel avant de concevoir les usinages.
Les autres systèmes
Jazzmaster, Bigsby, Kahler et autres vibratos reposent sur des architectures très différentes, décrites plus en détail dans la partie Anatomie consacrée aux vibratos. Certains séparent complètement le chevalet du mécanisme de variation de tension, tandis que d’autres réunissent plusieurs fonctions dans un même ensemble. Le principe reste néanmoins le même : la référence du diapason est le point où la corde quitte réellement le chevalet pour commencer sa longueur vibrante, pas nécessairement l’axe d’une vis, l’emplacement d’un insert ou le contour extérieur du mécanisme.
Éprouver un plan et sa version imprimée
Un plan trouvé sur Internet peut constituer une excellente base, particulièrement pour un premier projet, mais il mérite quelques contrôles avant d’être transformé en gabarit ou envoyé à la CNC. La première vérification est très simple : mesurer la distance entre le sillet et la douzième frette et vérifier qu’elle correspond bien à la moitié du diapason annoncé. On peut ensuite contrôler quelques autres positions de frettes à l’aide d’un calcul indépendant. Cette précaution est particulièrement importante avec les documents qui ont été successivement scannés, convertis ou réenregistrés. Une erreur d’échelle peut ne pas être perceptible visuellement et pourtant représenter plusieurs millimètres sur la longueur du manche.
Comme nous l’avons vu dans Mesurer et contrôler une guitare, une mesure n’a de sens que lorsque sa référence est clairement définie.
Lorsque le plan imprimé sert directement de référence ou à la fabrication d’un gabarit, il faut vérifier que l’impression est réalisée sans mise à l’échelle automatique. Les logiciels d’impression proposent fréquemment des options comme « ajuster à la page » ou « adapter à la zone imprimable ». Elles peuvent réduire discrètement le document pour tenir compte des marges de l’imprimante. Une erreur de seulement 1 % représente déjà près de 6,5 mm sur un diapason de 648 mm. Il est donc souhaitable qu’un plan comporte une cote de contrôle ou un carré de dimensions connues permettant de vérifier l’échelle après impression. Dans tous les cas, il faut contrôler quelques dimensions critiques avant d’utiliser le document.
L’inscription « échelle 1:1 » n’est pas une mesure.
Changer le diapason d’une guitare existante demande beaucoup plus que déplacer le chevalet. Toutes les positions de frettes changent et, suivant la manière dont l’instrument est conçu, cette modification peut également affecter la longueur du manche, sa jonction avec le corps, la position du chevalet et éventuellement celle des micros. On peut parfaitement reprendre la silhouette d’un instrument prévu pour un diapason de 25,5 pouces et lui donner un diapason plus court, mais il faut alors décider où la différence de longueur sera absorbée.
Déplacer uniquement le chevalet modifie sa position sur le corps. Modifier uniquement la longueur apparente du manche déplace les frettes et peut transformer la jonction avec le corps. On peut également répartir cette différence entre plusieurs éléments. Il ne s’agit donc plus d’une simple mise à l’échelle, mais d’un choix de conception.
Avant le premier perçage
Pour une guitare conventionnelle, je procéderais dans cet ordre :
- définir le diapason ;
- placer précisément le point de contact du sillet ;
- tracer l’axe longitudinal de référence ;
- calculer toutes les positions de frettes depuis le sillet ;
- contrôler la douzième frette ;
- reporter la position correspondant au diapason nominal ;
- choisir le chevalet réel ;
- relever la position et la course de ses pontets ;
- positionner le chevalet de manière à disposer de la compensation nécessaire ;
- seulement ensuite déterminer ses perçages, inserts et éventuelles défonces.
Cette méthode permet de construire la position du chevalet à partir de la géométrie fonctionnelle de la corde, plutôt que de prendre arbitrairement un bord du chevalet comme référence.
Le perçage des inserts ou des vis de fixation du chevalet fait partie des opérations où quelques minutes de contrôle peuvent éviter une réparation particulièrement désagréable. Avant l’usinage, il est utile de vérifier au minimum le diapason, la distance entre le sillet et la douzième frette, l’axe du manche, la plage de déplacement des pontets et les cotes propres au modèle de chevalet utilisé. Mais une seconde dimension devient maintenant indispensable : le chevalet doit aussi être correctement aligné latéralement avec le manche. La position des cordes extérieures sur la touche dépendra à la fois de la largeur du manche, de l’espacement au sillet et de celui du chevalet. C’est précisément le sujet de l’étape suivante.