Bois apparent, filets et finition du manche

Une finition transparente peut révéler une trace de colle invisible sur le bois brut. Un filet de bord change la section de la table. Ces deux problèmes doivent être prévus sur le plan avant que l’atelier ne commence les opérations décrites dans Couleurs et effets de finition.

Pores, teintes et bois de bout

Toutes les essences ne demandent pas la même préparation. Un bois à pores ouverts peut conserver une texture perceptible sous une finition relativement mince. Pour obtenir une surface parfaitement plane, il peut être nécessaire de remplir ces pores avant d'appliquer les couches de finition. Un bois à grain fin peut demander moins de remplissage, mais ses variations de densité, son fil ou certaines particularités de surface peuvent poser d'autres problèmes. Cette question a des conséquences dès le choix des matériaux. Si l'objectif est une finition transparente brillante avec une surface parfaitement lisse, une essence très poreuse demande généralement davantage de préparation qu'une essence naturellement plus fine.

Le bouche-pores n'est pas nécessairement invisible. Sur certaines essences, un produit teinté peut accentuer les pores et produire un contraste marqué avec la surface du bois. Ce résultat peut être recherché, particulièrement lorsque l'on souhaite mettre en valeur la structure d'un frêne ou d'un autre bois à pores apparents. Il modifie cependant la perception du matériau. Un bouche-pores sombre peut dessiner fortement les pores, tandis qu'un produit plus proche de la couleur du bois donne un résultat plus discret. La compatibilité avec les couches suivantes doit également être vérifiée. Si cet effet fait partie du projet, il doit être décidé avant l'usinage et les opérations de préparation.

Le bois ne réagit pas de manière uniforme aux produits pénétrants. Les surfaces où les fibres sont coupées transversalement peuvent absorber davantage de produit que celles où elles sont principalement exposées dans leur longueur. Sur une guitare, ces différences apparaissent autour de certains contours, dans les chanfreins, aux extrémités des pièces et parfois près des zones fortement sculptées. Avec une teinte pénétrante, elles peuvent produire un assombrissement local marqué. Cet effet peut être intéressant lorsqu'il souligne volontairement la géométrie. Il peut également devenir gênant si l'on recherche une couleur parfaitement homogène. Il faut donc identifier ces surfaces lors de la conception de la finition et prévoir une méthode de préparation adaptée.

Une éprouvette réalisée dans une chute du même bois, comportant à la fois du fil longitudinal et du bois de bout, permet de mieux anticiper le résultat qu'un essai réalisé sur une seule face parfaitement plane.

Un assemblage peut paraître propre au bois brut tout en révélant des défauts après application d'une teinte. Certaines colles empêchent localement la pénétration du colorant ou modifient l'aspect optique de la surface. Une trace presque invisible peut alors devenir une zone claire ou brillante. Ce problème concerne notamment les corps assemblés en plusieurs pièces, les tables rapportées, les placages et les filets. La finition transparente impose donc une exigence supplémentaire sur la préparation des collages et le nettoyage des surfaces. Un corps destiné à recevoir une couleur opaque offre davantage de liberté visuelle, mais il ne dispense évidemment pas de réaliser des assemblages corrects.

Une finition opaque permet d'utiliser des matériaux dont les différences de couleur ou de figure resteraient très visibles sous un vernis transparent. Elle peut également faciliter l'utilisation de plusieurs pièces de bois dont l'association serait peu harmonieuse visuellement. Une finition transparente impose davantage d'attention au dessin du fil, à la symétrie éventuelle d'une table et aux variations de couleur entre les morceaux. Ces considérations peuvent influencer la découpe des pièces dès leur réception. Sur une table figurée, par exemple, le positionnement du dessin du bois par rapport à l'axe de l'instrument peut devenir aussi important que la forme extérieure. Le choix ne doit donc pas être reporté après le collage du corps.

Bindings et géométrie des bords

Un filet décoratif, ou binding, modifie la géométrie du bord qu'il accompagne. Sa largeur, son épaisseur et son éventuelle superposition avec d'autres filets déterminent les dimensions de la feuillure nécessaire. Sur une table rapportée, le filet peut également masquer ou souligner la jonction entre les matériaux. Il faut donc connaître sa position avant de terminer le dessin des contours, des chanfreins et des arrondis. Une courbe extérieure dont le rayon est trop serré peut compliquer fortement la mise en forme d'un filet rigide. Une sculpture profonde peut rendre certains assemblages de filets difficiles à suivre. Le filet n'est donc pas simplement une bande décorative que l'on ajoute après coup : il fait partie de la géométrie périphérique.

Un filet clair peut rester apparent sous une finition transparente, mais être recouvert par une couleur opaque si son traitement n'a pas été prévu. Il existe plusieurs méthodes pour conserver le contraste : masquage, grattage contrôlé après coloration ou séquence particulière d'application des couches. Le choix dépend du matériau du filet et du système de finition. Certaines matières plastiques réagissent également aux solvants ou aux produits employés. Leur compatibilité doit donc être vérifiée. Cette question concerne tout autant les incrustations, les logos, les repères et les éléments décoratifs intégrés à la surface.

Lorsque plusieurs matériaux doivent conserver des couleurs distinctes, la finition devient une opération de séparation précise entre zones, ce qui doit être anticipé dans l'ordre de fabrication.

Un bord très vif n'offre pas le même comportement qu'un bord arrondi pendant l'application d'un revêtement. Selon le produit et le procédé, la matière peut se répartir différemment sur les arêtes, avec un risque de couverture insuffisante ou, à l'inverse, d'accumulation dans certaines transitions. Une arête particulièrement fragile peut également être plus exposée aux éclats lors des manipulations et de l'utilisation. Cela ne signifie pas qu'il faille arrondir systématiquement tous les contours. Les corps aux arêtes nettes, les tables sculptées et certains dessins géométriques peuvent parfaitement recevoir une finition soignée. Il faut simplement choisir un procédé compatible avec ces formes. Les chanfreins ergonomiques doivent eux aussi être examinés sous cet angle.

Cavités difficiles et chambres fermées

Une cavité destinée à recevoir un composant ne doit pas nécessairement présenter la même qualité de finition que la face extérieure. Mais lorsqu'une partie de cette cavité reste visible, sa géométrie doit permettre le résultat recherché. Une poche profonde et très étroite peut être difficile à poncer, à teinter ou à vernir régulièrement. Les angles intérieurs peuvent retenir davantage de produit, tandis que certaines parois sont difficiles à atteindre avec les outils habituels. Cette question se pose particulièrement pour les micros incrustés, les cavités de vibrato visibles et certaines ouvertures décoratives.

Il peut alors être préférable de modifier légèrement la géométrie du logement, de prévoir un outil ou un procédé particulier, ou de réaliser certaines opérations de finition avant l'assemblage définitif. Une cavité parfaitement réalisable en CNC n'est pas automatiquement facile à finir.

Sur un corps chambré ou semi-creux, certaines surfaces deviennent inaccessibles après collage de la table. Si elles doivent recevoir un traitement, celui-ci doit être prévu avant fermeture. Cela concerne notamment les cavités visibles par les ouïes ou autres ouvertures, les chants internes qui resteront perceptibles et certaines surfaces susceptibles d'entrer en contact avec l'humidité. Il ne faut toutefois pas considérer qu'une chambre fermée doit obligatoirement être vernie comme une surface extérieure. Le traitement dépend de la construction, du matériau et de l'objectif recherché. L'essentiel est de décider ce qui doit être fait tant que l'intérieur reste accessible. Une fois la table collée, certaines opérations deviennent impossibles sans modifier l'instrument.

Dos du manche, tête et touche

Le corps et le manche n'ont pas les mêmes relations avec le musicien. Le corps doit offrir une protection et un aspect correspondant au projet. Le dos du manche constitue, lui, une surface de contact constamment parcourue par la main. La sensation de glissement, la texture et le comportement de cette surface peuvent donc justifier un traitement différent. Il est courant qu'un instrument combine un corps brillant et un manche satiné, ou encore une finition protectrice sur la tête et un traitement plus discret sur le dos du manche.

Cette différence ne signifie pas nécessairement que les produits appartiennent à des familles chimiques différentes. L'état final de la surface peut parfois être obtenu avec le même système, préparé ou poli différemment. Les possibilités sont détaillées dans La finition du manche et de la touche. Du point de vue de la conception, il faut surtout identifier les zones concernées et les transitions entre traitements.

Lorsque le dos du manche et la tête reçoivent des finitions différentes, la séparation doit être placée à un endroit cohérent. Une ligne de transition peut être assumée comme un détail graphique. Elle peut également être rendue très discrète grâce au choix de la forme et du procédé. Sur une tête inclinée ou comportant une sculpture complexe, cette transition peut devenir plus difficile à réaliser proprement. Il est donc préférable de la dessiner plutôt que de laisser l'opérateur décider de son emplacement au moment du masquage. La même réflexion s'applique au talon du manche et aux zones visibles autour de la jonction avec le corps.

Toutes les touches ne sont pas terminées de la même manière. Certaines touches restent pratiquement sans film de finition, éventuellement avec un entretien adapté au matériau. D'autres reçoivent un revêtement protecteur, notamment sur des constructions à touche en érable. La présence des frettes introduit alors une question de séquence : faut-il appliquer la finition avant ou après leur installation, et comment traiter les surfaces qui ne doivent pas conserver de produit ? Le choix dépend du système retenu et de la méthode de fabrication. Il influence notamment le masquage, la préparation des frettes, le nettoyage final et les possibilités de reprise ultérieure.

Sur une touche fretless, le traitement peut également participer à la résistance de la surface au contact des cordes. Ces différences doivent être connues avant de définir l'ordre des opérations, sans confondre la conception de la touche avec la technique détaillée de son vernissage.